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  Humbles ou somptueux, les objets d’art sacré ont la cote!

L’art religieux catholique se désacralise. Très à la mode, surtout pays anglophone, il ne choque personne désormais de découvrir un calice, une patène, un encensoir ou un crucifix dans une vitrine, tandis qu’un tableau ou une sculpture trône comme un simple objet de décoration. Longtemps abandonnés du grand public, ces objets conçus pour un usage religieux, attirent de plus en plus l’intérêt...

Un regain d’intérêt après l’abandon
Une offre qui apporte la convoitise
Ferveur religieuse et inspiration artisanale
Un artisanat peu fluctuant
Entre humain et divin
Humble ou somptueux, l’objet de culte support à la dévotion
De la grande cour au chambre paysanne

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Un regain d’intérêt après l’abandon

La baisse de la pratique et la modernisation des célébrations catholiques ont rendu en quelque sorte “exotique” tout cet appareil naguère familier au regard. Les basiliques illustres, celle de Conques dans l’Aveyron en tête, comme les plus modestes églises, présentent aujourd’hui leurs trésors. De la simple niche vitrée abritant deux ou trois vases, à la chapelle ou à la sacristie aménagée en salle d’exposition, les orfèvreries et les passementeries dont l’apparition scandaient le quotidien autrefois, sont devenues patrimoine. Les musées leur font d’ailleurs la part belle.

Une offre qui apporte la convoitise

Mais cette “vacance” a excité la convoitise des uns ou le désir de sauvetage des autres : “Après 1970, beaucoup de prêtres se sont débarrassés de certains objets de culte qu’ils trouvaient trop ostentatoires, comme des calices ciselés, des burettes, au profit d’objets plus simples”, explique Jean-Louis, collectionneur “de cœur”, plus que spécialiste. “Au détour d’une visite aux Puces de Saint-Ouen en 1972, j’ai vu un calice en argent et j’ai été offusqué de trouver ce type d’objet en vente. Pour éviter qu’il ne tombe entre les mains de mécréants, je l’ai acheté. Il faut savoir que j’étais dans ma jeunesse, enfant de chœur, d’où l’attrait”...

Ferveur religieuse et inspiration artisanale

Jean-Louis trouve ce calice si beau qu’il poursuit ses acquisitions au fil des ans : il sillonne la France pour chiner mais doit arrêter ses achats en 94 : “faute de place et parce que les prix devenaient trop élevés en raison d’acquéreurs de plus en plus nombreux”. Comme beaucoup d’autres, sûrement pour des raisons plus nobles, le collectionneur a participé à la sauvegarde d’objets sublimes de qualité et de vérité. L’émotion de l’artiste y est souvent plus visible encore que dans d’autres œuvres.

Un artisanat peu fluctuant

En fait, l’objet liturgique a subi peu de changement au fil du temps : cet univers d’objets mystérieux figé dans un code formel établi depuis le Moyen-Âge ne trouve de seule véritable évolution que par le style ou encore la technique. Ce ne sera qu’à la fin du XIXe siècle, que l’on peut constater un réel appauvrissement de l’objet religieux et la venue du terme infamant de “sulpicien”. Des groupes d’artistes chrétiens au début du XXe siècle, s’engageront dans une oeuvre de renouveau.

Entre humain et divin

En attendant les objets d’art sacré vont vivre de belles années, vecteur d’une sorte d’extase, assurant une médiation entre notre monde et le monde divin par la méditation contemplative. Les matériaux précieux, luxueux, y contribuent; rien n’est trop beau pour l’église : pierres les plus riches, perles, or, argent, sardoine massive, bronze. Chaque pierre précieuse, chaque minéral a une signification symbolique; toute couleur, forme et nombre est sacré. Les thèmes décoratifs sont empruntés aux Saintes Ecritures et constituent un vocabulaire d’images plus ou moins obligé.

Humble ou somptueux, l’objet de culte support à la dévotion

Si le cadre liturgique appelle à la présence d’objets religieux immuables, comme l’autel, la croix d’autel, le retable, le livre liturgique, le reliquaire, les trésors du rituel de la célébration ne sont pas moins riches, et font intervenir la dignité du célébrant. C’est pourquoi, l’aube, la chasuble, la crosse, la tiare ou le trône épiscopal et même au Moyen-Âge, le peigne, sont des marques de dignité accordées au représentant de Dieu.

De la grande cour au chambre paysanne

Les souverains royaux ont, eux aussi au cours de l’histoire, cru à leur pouvoir spirituel, allant jusqu’à se sacrer eux-mêmes : de beaux objets en demeurent, comme la manteau du sacre de Charles X, la couronne de Louis XV, le trône de Dagobert, ou le sceptre de Charles V. Il reste que les “petites gens” avaient aussi leurs dévotions et que leurs processions donnaient à voir bannières, croix, char mortuaire... Quant aux bénitiers d’applique, reliquaire domestique, image pieuse, missel, chapelet, rosaire, médaille et ex-voto, ils ont nourri le quotidien des croyants au fil des siècles. Et s’ils ne sont pas encore en passe de revenir dans les logis pour la prière, ils sont en tout cas de très beaux prétextes à nourrir des collections...


Dominique JacqueminChineur n°42 - Avril 2001




 
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