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Marie-Claude Speger, restauratrice et antiquaire : « la reine parisienne du phonographe » <- CHAPEAU DE VOTRE ARTICLE ->
« D’où vient le terme « tube » pour désigner une chanson à succès ? Tout simplement de l’époque de la découverte du phonographe, avec ses cylindres, ses « tubes ». L’expression vient de là », raconte Marie-Claude Speger, restauratrice et antiquaire de phonographes à Saint-Ouen. Trente et un ans dans le métier en font une « reine parisienne du phono » comme l’appelle un ami collectionneur américain, auteur d’une demi-douzaine de livres sur le sujet. Passion oblige, elle ne tarit pas sur le sujet
Un studio d’enregistrement à la maison Souvenirs de famille Une diversité étonnante Art déco Les Américains entrent en compétition …et les Français font de la résistance Disparition des phonographes après la seconde guerre mondiale Une collection au point mort <- CORP TEXTE DE VOTRE ARTICLE ->
 Démonstration du Graphophone de Tainter à l’Exposition Universelle de Paris, en 1889
 « Néophone », 1906. Ce phonographe jouait des disques en caron, avec tête à saphir de type « araignée ». Collection Verheggen
 Phonographe à feuille d’étain, 1878. Copie de l’appareil primitif d’Edison, dit « Tin Foil », à entraînement mécanique direct. Collection Verheggen.
 Gravures représentant l’enregistrement d’un texte sur un « class M » de Edison (en haut) et sa lecture de contrôle entendue avec les écouteurs auriculaires (en bas). La Nature, septembre 1893.
 de grandes dimensions, ce Parlophone est une parfaite illustration du style 1900 délirant. La potence ajouré est en laiton et le pavillon floral (de 63 cm de diamètres) en tôle peinte. La caisse, également en bois peint, mesure 51 cm de côté. |
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Un studio d’enregistrement à la maison
« L’originalité et l’intérêt de cette découverte était, outre le fait de reproduire les sons et de les écouter, de pouvoir graver sa propre voix sur cylindre de cire, explique la spécialiste. Avant 1900, les gens pouvaient acheter des cylindres vierges, avec une tête graveuse, qui creusait le sillon en cire vierge et une tête de reproduction pour réécouter. On tournait la manivelle à la main et l’on criait dans le cornet pour s’enregistrer, la voix provoquant des vibrations qui creusaient la cire. Souvent on profitait d’une fête, d’un anniversaire, d’un mariage, pour faire chanter sa grand-mère, son aïeul ».
Souvenirs de famille
Ainsi, Marie-Claude voit arriver à sa boutique les enfants, les petits-enfants : « ils viennent de retrouver des cylindres dans leurs greniers, une mallette sur une brocante et ils veulent écouter leurs grands-parents. Ils me demandent des conseils ». Très peu sont encore utilisables car les champignons s’y mettent « comme dans la tombe de Ramsès II ». Les cylindres sont victimes d’un mauvais stockage et on ne peut plus rien faire. On en trouve encore des propres, mais c’est très rare ! Marie-Claude s’étonne encore de la diversité des phonographes. « Chaque inventeur sort les siens avec des aspects différents ; les décors, les dimensions des cylindres varient selon les marques et les pays : il faut vendre ! »
Une diversité étonnante
On fabrique de très jolies boîtes rectangulaires, portables ou non, pour accueillir la mécanique, en chêne aux Etats-Unis, en noyer ou en bois fruitier en France, doré, verni au tampon, sculptées. La diversité n’est pas moindre dans les pavillons, en cornet, avec de belles corolles en alu, en laiton, peintes en couleur, noir à filet rouge, vert ou bleu, en forme de cors de chasse pour les Français ; en col de cygne, avec des fleurs, ouvert en chauve-souris, peinte en noir aux Etats-Unis et en Angleterre. Puis vers 1930, on se met aux valisettes pour emporter son phono en pique-nique, même si c’est lourd et qu’il faut remonter la mécanique à la manivelle.
Art déco
Les juke-boxes sur pieds apparaissent dans les cafés. 1920-1930, avec l’Art déco, les corolles disparaissent, au profit de caisses en bois sur pieds, de belle qualité, très dépouillées, avec portes et tiroirs. Les cylindres ont des formats différents, mais les rois de la diversité dans ce domaine restent les Français qui ne veulent surtout pas ressembler aux autres. On trouve des cylindres standards, les moins chers à l’époque mais également aujourd’hui, des « Inter » de la marque Pathé, très recherchés, et des « Stantor », plus importants et plus difficiles à trouver. Aux Etats-Unis, les cylindres en cire standard font 2 millimètres, Edison va donc en fabriquer en celluloïd de 4 millimètres .
Les Américains entrent en compétition…
Entre les Français qui tiennent à tout prix à se distinguer et les Américains perpétuellement en compétition, les collectionneurs actuels ont fort à faire pour s’y retrouver : « En 1906, Pathé passe au phonographe à disques alors que les Américains sont depuis 1888 à la gravure à aiguille. Mais la firme ne veut pas abandonner ses gravures verticales qui se lisent avec un saphir à boule, une particularité dont la France s’est faite forte et qu’elle n’abandonnera au profit de l’aiguille qu’en 1929. Elle reprend donc ses enregistrements de cylindres et les remet sur disque plat en fabriquant une autre machine. Ce sont les premières compilations réalisées de l’intérieur vers l’extérieur »…
…et les Français font de la résistance
Cependant, si l’Amérique dix ans après la création du phonographe a déjà lancé ses premiers appareils à disques à gravures à aiguilles, parallèlement, les phonos à cylindres continuent de se vendre : « On pouvait trouver des phonographes dans le commerce entre 30,50 et 1000 Francs or de l’époque, précise la restauratrice. Au début, ils étaient malgré tout l’apanage d’une élite de la société, puis au début du XXe siècle, la vente à crédit a accéléré la démocratisation : la société « Gérard et boite » par exemple vendait des appareils Pathé ».
Disparition des phonographes après la seconde guerre mondiale
Quant à la marque Gramophone, elle a toujours été le symbole de qualité, achetée par des personnes aisées . La notabilité du village, paysan, bourgeois ou gros propriétaire mettait bien souvent son phono à disposition de tous et organisait une démonstration une fois par an : « chacun pouvait alors s’écouter : c’était magique !», raconte Marie-Claude. Juste après la seconde guerre mondiale, les phonographes disparaissent au profit des électrophones et des premiers disques électriques en 16, 45, 33 et 78 tours. Malgré tout, les disques resteront compatibles avec les nouveaux appareils jusqu’en 1958.
Une collection au point mort
Aujourd’hui, les collectionneurs ne sont pas à la fête, car la matière s’épuise : « Il n’y a plus de renouveau dans les collectionneurs, car on ne trouve plus rien, regrette la restauratrice. Les clients non spécialisés, eux ne s’intéressent pas aux appareils à cylindres, trop compliqués, moins esthétiques, car ils veulent se faire plaisir en écoutant les disques de grand-papa ou décorer leur intérieur. Et les collectionneurs au contraire, constituent une collection qu’ils exposent mais ne font pas fonctionner, par peur de l’abîmer : quel dommage ; un phono c’est vivant » !…
Dominique Jacquemin Article extrait du Chineur n°57 - de Juillet 2002 Retrouvez les coordonnées de Marie-Claude Speger dans notre annuaire
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