 Vase Marie Magnat ; Menton. Prix : 900 à 1 200 euros.
 Lion de Jean Massier. Technique du mat. Prix : 1 400 à 1 800 euros.
 Jardinière aux oiseaux. Jérôme Massier Fils. Vallauris. Prix : 700 à 900 euros.
 Vase Clément Massier 1888. Essai de reflets métalliques. Prix : 2 700 à 3 000 euros.
 Cache-pot de Monaco de Fischer 1874. Signature : Poterie des Pyrénées. Prix : 700 à 1 000 euros.
 Sujet de Gaziello Jean. Technique des reflets métalliques. Vallauris.
 Bouquetière. Monaco. Prix : 900 à 1 200 euros.
 Vase Marie Magnat ; Menton. Prix : 900 à 1 200 euros.
 Exceptionnelle boutique de Delphin Massier. Prix : 4 000 à 5 000 euros.
 Vase reflets métalliques. Jérôme Massier Père. .Prix : 3 800 à 4 500 euros.
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Ouverture d'un artisanat
" Majolique ", " barbotine ", l'appellation diffère, mais la technique reste la même. Cette faïence, connue dès le Moyen-Âge, fut importée par des ouvriers potiers arabes à Majorque, île qui donnera son nom à la désormais célèbre Majolica. Du XVe au XVIIe siècle, cette production connaît un développement considérable et trouve en Italie de nombreux acquéreurs. Le terme " majolique " est remplacé par " faïence " (originaire de Faenza en Italie) en Europe et par " barbotine " en France (l'argile " barbote " dans l'eau). En 1859, le plâtre Saint-Antoine est introduit en France par les Italiens, les Anglais amènent la barbotine par le Nord. Des ateliers se créent donc au nord et au sud de la France.
" Révolution de style "
" La pré-industrialisation nécessite une diversification de la production susceptible de toucher un plus large public. Dès le XVIIIe siècle, le procédé de moulage et de coulage, augmentant considérablement la production, provoquera la mort des faïenceries faites à la main, raconte Maryse Bottero, auteur de deux ouvrages sur la barbotine, antiquaire et expert à Nice ". L'introduction de la faïence fine anglaise en France modifie radicalement les productions. Favorisée par un nouveau comportement de la bourgeoisie grandissante, la faïence évolue vers une destination plus décorative, moins utilitaire. " C'est une vraie révolution, note l'expert. Les classes moyennes peuvent avoir accès à l'artistique, les ouvriers commencent à accepter l'idée qu'ils peuvent s'acheter des objets décoratifs " qui ne servent à rien "...
Un besoin de fraîcheur, de couleur après la guerre
Paradoxalement, ce changement s'amorce dans le nord et le sud de l'Hexagone avec l'arrivée de riches clients... " On sort de la guerre de 1870, le pays a perdu l'Alsace et la Lorraine. On a besoin de rire, de fraîcheur, de couleur, de s'amuser. L'ère Napoléon III était sombre, il faut du lumineux ". Les barbotines, très colorées, vont donc suivre le style Art nouveau, la faune, la flore, le milieu aquatique et comme les impressionnistes, reproduire ce que l'artiste voit. Nombre d'ateliers de poterie s'installent, impossible de tous les répertorier. Chaque faïencerie a son propre style de production. Certaines comme Vallauris fabrique des objets culinaires; d'autres comme Menton, des matériaux de construction : tuiles, briques, cheminées. Mais toutes, au cours du XIXe siècle, évoluent vers la céramique artistique avec des méthodes distinctes. La barbotine est leur point commun. Soit par coulage (Saint-Jean-du-Désert, Cannes, Vallauris), soit par coulage et usage du feu (Fréjus, Vallauris), soit par coulage et modelage à la main ou " garnissage " (Monaco, Menton).
Coulage-moulage…
Le coulage-moulage de la barbotine: mélange d'argile, de marnes argileuses ou calcaires ou de kaolin et de sables feldspathiques ou marneux, ce mélange est délayé dans un gâchoir avec une grande quantité d'eau. Après décantation et passage au tamis, la pâte, sorte de bouillie épaisse, est mise à reposer en cave plusieurs mois. Elle est ensuite malaxée, puis délayée dans de l'eau. On la coule dans un moule en plâtre qui absorbe l'eau. La pâte forme une mince couche solide sur la paroi intérieure du moule et l'excédent de barbotine est rejeté. Si le potier désire un objet plus épais, il renouvelle l'opération. …
Ebarbage et cuisson
Après rétractation, on démoule. Le surplus de barbotine aux points de jonction du moule est limé, poncé et gratté : c'est l'ébarbage. Puis on sèche à l'air libre avant cuisson. La première cuisson, à 1050°C pendant 12h, sert à cuire la pâte. Vingt heures de refroidissement sont nécessaires pour éviter le choc thermique. La seconde (960°C pendant 7 à 8h) permet d'appliquer sur la pâte la couverte ou émail, mélange de calcine (oxydes d'étain et de plomb mêlés et calcinés) avec du sable, du sel marin et un peu de bicarbonate de soude. Cette glaçure permet de rendre l'objet étanche. Entre les deux cuissons, les décorateurs peignent la pièce au pinceau ou à l'éponge, à l'aérographe ou au pochoir.
Les reflets métalliques
La méthode des reflets métalliques est employée par Zumbo à Fréjus et Clément, Delphin et Jérôme Massier fils à Vallauris Golfe-Juan. Ces reflets se pratiquent sur la pièce biscuitée émaillée à la technique de la barbotine, couleur turquoise ou bordeaux selon la glaçure utilisée. Clément Massier utilisait beaucoup les supports de couleur turquoise. En milieu de séchage, le maître-faïencier applique au pinceau des solutions liquides ou huileuses appelées " lustres ", qui permettent d'obtenir des reflets métalliques après cuisson. Les lustres sont composés d'oxydes métalliques, de cuivre, d'or ou de platine mêlés à un solvant comme des huiles organiques, de la térébenthine ou du vinaigre. Les décors sont tracés au stylet ou bien gravés, creusés, estampillés ou marqués à l'oxyde de manganèse. On peut réaliser plusieurs motifs d'irisation sur une même pièce. La pièce est cuite une troisième fois à 600°C. En cours de cuisson, on jette des chiffons imbibés d'huile dans le four à bois pour réduire la teneur en oxygène et l'augmenter en gaz carbonique. Cette opération modifie la couleur des métaux et provoque des irisations. Pour arrêter rapidement la cuisson, on jette dans le feu des branches de genêts verts qui dégagent de l'eau et on attend le refroidissement complet du four. A leur sortie, les pièces sont noires. C'est seulement après les avoir nettoyées qu'apparaissent les reflets métalliques.
Le garnissage
La technique du garnissage est employée à Monaco et Menton. Elle se réalise sur une pièce en barbotine lisse sur laquelle on ajoute des décors : fleurs, feuilles, fruits, oiseaux, grenouilles, poissons, nymphes, personnages méditerranéens. Un moule en plâtre (une feuille par exemple) est sculpté et rempli de barbotine. On tasse pour que la terre adhère au moule et reproduise parfaitement l'empreinte voulue, puis on démoule et on ébarde. C'est un travail en série, avec des planches entières qui ont l'empreinte du modèle voulu. Certaines fleurs, comme celles de Marie Magnat, sont façonnées pétale par pétale. Tous les morceaux dont on a besoin pour réaliser le décor sont ensuite préparés et collés les uns aux autres. Ce travail très délicat est fait à la main. Il faut les façonner mais ne pas les écraser tout en les pressant fortement afin qu'ils adhèrent à la paroi de l'objet et ne se détachent pas en séchant. Puis après avoir séché à l'air libre mais à l'abri des courants d'airs, la pièce est mise à cuire suivant le même procédé que pour la barbotine : première cuisson, suivi du séchage une dizaine de jours, puis seconde cuisson après trempage dans l'émail. Beaucoup d'artisans ont travaillé dans les mêmes manufactures. Clément Massier a accueilli bon nombre d'entre eux, comme Rizzo, Zumbo, Milazzo, Gaziello et chacun a ensuite travaillé selon ses capacités, son ressenti, sa créativité...
Dominique Jacquemin Article extrait du Chineur N° 64 - Février 2003 Retrouvez les
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