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La mode seventies fait la nique au bon goût


Intemporelle, la mode des années 70 continue de séduire. Selon Didier Ludot, pape parisien de la mode vintage, elle n’a même jamais cessé de plaire. De la mini jupe-maxi manteau-cuissardes des années 69, en passant par le long folklorique fleuri des hippies et le russe exotique pour finir par le disco, toutes les tendances de cette mode multicolore, géométrique et acidulée envahissent les rues de ce nouveau millénaire. Trente ans plus tard, les pantalons « pattes d’éph » à taille basse et les chaussures à semelles compensées n’ont pas dit leur dernier mot...

Du midi au baba cool
Une mode qui ose tout
1973 : la fièvre emporte la mode
De Stephan Audran à Françoise Giroud
Entre folklore coloré et formes géométriques
Des créateurs reconnus
« Une mode intemporelle, jeune et gaie »
La fin d’une époque ?

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Lanvin 1970














Vinyle Cardin 1970












Courrèges 1972












Cardin 1970















Pierre Cardin 1962









Guy Laroche 1978









Jean-Marie Armand 1970


Pour Didier Ludot, antiquaire de la mode depuis 28 ans, passionné par les créations des grands couturiers, la mode des années 70 commence en réalité en 1968 : « Avec la libération des mœurs, la mini jupe s’installe, le maxi manteau arrive un an plus tard. Le film « Il était une fois dans l’Ouest » n’est d’ailleurs pas pour rien dans ce succès. La silhouette totalement « fashion » de la femme de cette fin de décennie se sublime dans ce trois pièces : mini robe, maxi manteau et cuissardes ». Une image culte que représentent parfaitement Jane Birkin ou Françoise Hardy, graciles et longilignes...

Du midi au baba cool

Jusqu’au printemps 1971, le très long domine, puis le « midi » débarque : « Le tailleur est fait dans un tissu lourd, surpiqué, la veste est ceinturée à la taille et la longueur de la jupe, fendue sur le devant, s’arrête sous le genou » raconte le collectionneur. Cette mode éphémère ne tient pas. Suivent très vite les ensembles que l’on qualifiait hier de « baba cool », le style Flower Power. Folklorique imprimé chez Lanvin, russe exotique chez Saint-Laurent, ethnique : « Les matières sont faussement brutes : elles ont l’air d’être africaines, mais sont en fait très luxueuses, comme ce faux patchwork en organza chez Cardin ou ce manteau afghan en daim avec de la zibeline aux manches »...

Une mode qui ose tout

Les couleurs sont vives, voir fluos : rose indien, orange, vert luciole, turquoise; on prend le contre pied du bon goût bourgeois : les imprimés chez Emilio Pucci sont révélateurs de cette époque. Extrême nouveauté : les robes ne sont plus doublées. Seule la jet-set en villégiature se permet de porter ces défis à la décence qui enveloppent au plus près du corps. On ose tout et les grands couturiers n’hésitent pas : ils libèrent leurs esprits créateurs, les femmes par la même occasion et pourquoi pas, les hommes. On joue la transparence du crépon pour les chemisiers que les femmes portent sans soutien-gorge, on remet la chemise à jabot à la mode pour les hommes, qu’ils n’hésitent pas à exhiber turquoise ou rose fushia avec des revers pailletés. « Même Michel Sardou, pourtant réputé pour son hétérosexualité a suivi le mouvement » note impavide le roi parisien du vêtement griffé vintage.

1973 : la fièvre emporte la mode

En 1976, le disco déboule en force avec un film devenu culte « La fièvre du samedi soir ». Son icône, John Travolta, tout de blanc vêtu dans un costume cintré sur chemise à col « pelle à tarte », apporte sa contribution aux excès de l’époque : short en satin blanc ou rose assorti de son débardeur pailleté, nœuds papillons en velours si large qu’il faut garder la tête haute, chaussures à semelles compensées : le bon goût bourgeois est loin !

De Stephan Audran à Françoise Giroud

Cependant, les filles des beaux quartiers, devenues communistes en mai 68 et qui partent à Katmandou - il était de bon ton de contester - s’habillent toujours chez Saint-Laurent... Curieusement, la petite robe noire si prisée et si chic survit à ce raz-de marée anti-conventionnel. « On pensait qu’elle allait se perdre, elle s’en est bien tirée. Elle a su se raccourcir, se mettre au daim frangé, raconte Didier Ludot, auteur de l’ouvrage « La petite robe noire ». Le Flower Power l’oblige à faire face : fleurs de rhodoïd sur organza noir pour Marc Bohan chez Dior, bandes de vinyle brillant sur tricotine chez Cardin, elle maintient le cap. Yves Saint-Laurent la rallonge et, version « chemisier », elle devient l’image d’une nouvelle génération de femmes, qui, telles Edmonde Charles-Roux ou Françoise Giroud, vont démontrer que le courage des idées n’est pas le contraire du chic. Dans « Le charme discret de la bourgeoisie » de Luis Buñuel, Stephan Audran, Delphine Seyrig en sont les élégants et ambigus symboles »... Chaque grand couturier apporte en toute liberté sa pierre, selon Didier Ludot, à un « tournant dans la mode du XXe siècle ». A leur façon novatrice, comme avant eux Coco Chanel, ils transforment la vie des femmes.

Entre folklore coloré et formes géométriques

« Lanvin apporte la couleur, l’originalité des imprimés que créé Bernard Devaux son styliste; Cardin, le futurisme, avec le cuir utilisé pour les robes, le vinyle, la maille, les pulls chaussettes ». Yves Saint-Laurent ose le smoking, le tailleur pantalon, la saharienne imposant à la femme une silhouette androgyne mais tellement élégante. Sa collection inspirée de la dernière guerre, en pleine période hippie, poursuit le phénomène et déclenche le scandale: les femmes recherchent les tenues des années 40, ce qui enchante Didier Ludot : « Grâce à cette vogue, les robes d’occasion sont revenues à la mode »... D’autres couturiers déjà révélés avant cette période « multicolore et tapageuse » suivent la tendance : Dior, Ted Lapidus, Guy Laroche qui lance les cheveux assortis à la couleur des vêtements ; Paco Rabanne qui, plus que de rechercher le confort pour la femme, cherche à se démarquer avec ses fameuses robes en métal.

Des créateurs reconnus

« Même Mme Grès ne se fait pas dépasser par cette révolution sociale qui bouleverse tout : elle joue sur les oppositions, appelant à se côtoyer couleurs flashantes et tons terre cuite, s’amusant à dénuder par morceaux le tissu des robes » souligne Didier Ludot. En 1973, Saint-Laurent, Sonia Rykiel, Dorothée bis et Kenzo accèdent au titre envié de créateur de mode, statut défini par la Chambre Syndicale de la Haute Couture et des Créateurs. De 1968 à 1978, les grandes tendances de la mode oscillent entre le folklore coloré et débridé des babas partant fumer des joints au Népal et les constructions très géométriques; autant dans les formes, structurées, surpiquées, garnies de gros boutons, que dans les couleurs acidulées et les dessins des tissus. Marc Vaughan, jeune créateur de cette époque seventies en est l’exemple type : ses robes carrées, ses tissus d’organza peints sont à l’origine du constructivisme, mouvement dédié à l’hyper géométrie.

« Une mode intemporelle, jeune et gaie »

Accessoires indispensables, les chaussures à semelles compensées, dont la base se rehausse de 3 à 4 cm : une torture pour les filles qui se tordent les pieds à chaque pas avant de s’y habituer et dont l’antiquaire de la mode se souvient avec amusement. « Toutes les femmes ont suivi, raconte t-il, sinon elles étaient démodées. L’après mai 68 devait briser les symboles bourgeois, Chanel était aux orties. Ce qui est extraordinaire c’est que cette mode est toujours d’actualité. On y revient perpétuellement : les pantalons pattes d’éléphant, les tailles basses, vous ne voyez que cela dans la rue; les jeunes filles adorent. Regardez des couturiers comme Martine Sitbon ou Versace; ils en sont les ambassadeurs aujourd’hui ».

La fin d’une époque ?

L’année 76 marque l’arrivée des créateurs : Azzedine Alaïa, Thierry Mugler, Montana, Jean-Paul Gaultier, Agnès B impriment un nouveau souffle au monde de la mode. En 1980, une déferlante nipponne envahit le marché : Issei Miyake, Yamamoto, Kawabuko imposent leur minimalisme à une mode devenue très intellectualisée, bien loin des tuniques indiennes et des amples jupes colorées et fleuries de l’époque hippie. Alors, optimiste sur l’avenir de l’esprit seventies, Didier Ludot ? « Ecoutez, je suis installé depuis 28 ans et j’ai toujours vendu des créations des années 70, jaune ou orange. C’est une ligne gaie, moderne, jeune, insouciante, intemporelle. On n’en sortira jamais »...


Dominique Jacquemin
Chineur Hors-série année 70 – Avril 2003
Retrouvez les coordonnées de Didier Ludot dans notre annuaire




 
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