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Les machines à sous : de belles centenaires sulfureuses !


Interdites, limitées, détournées de leur véritable vocation, les machines à sous n’ont jamais eu la belle vie en France. Ces dames centenaires ont pourtant compensé par la beauté ce qu’elles ne pouvaient atteindre en intérêt ludique. Roulettes, machines à billes, jack-pots, cascades, appareils de force sont des modèles très recherchés, mais de plus en plus rares, particulièrement les appareils français. Et si les collectionneurs arrivent à en dénicher, c’est en pièces détachées...

Ne manquez pas les milles machines à sous de Jean Lemaître

Naissance et expansion
Alcool : oui, argent : non !
« L’esthétique compense la pauvreté du jeu »
Formes et matériaux
Machines à sous deviennent hors la loi en 1937
La France : enfer du jeu ?
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LE BOXEUR NOIR
France, c. 1910
Deux mètres de haut et environ 500 kilogrammes. Ce sont la taille et le poids de ce colosse aux formes impressionnantes empruntées, semble-t-il, à Sam Mac Vae. L’ensemble étant d’une seule pièce; les forains avaient probablement fait des efforts d’imagination pour le manipuler lors de chaque foire. Le réglage de gauche permet de modifier la tension des ressorts en fonction de la catégories du joueur (faible, moyen, fort). Si le coup de poing n’est pas assez violent, le joueur peut rejouer ; au contraire, s’il fait tourner l’aiguille dans le dernier quart du cadran les yeux s’illuminent et l’athlète se met à hurler. « Plus c’est fort plus je hurle ! » annonce la notice.










LE MAGIC
Paul Béraud, France, août 1910
Superbe machine à billes dont la caisse, en fonte d’aluminium travaillée, épouse la forme du jeu. Comme toujours, Béraud a apporté autant de soin à la partie mécanique qu’à l’aspect esthétique. Chaque fois qu’une case « gagné » est empruntée par la bille, elle devient « perdu » pour le coup suivant et inversement.










LA GRAPPE
Pierre Romand, France, juillet 1910
Belle qualité de la caisse et du décor. Le jeu est simple : la pièce, propulsée par le petit tapeur de droite, tourne sur le rail et pénètre dans une des grappes (perdu) ou dans la coupe (gagné). Les éléments de laiton sont finement décorés de motifs viticoles et la poignée des gains représente une main tenant un haltère.

Naissance et expansion

Elles apparaissent en 1895 en France, succédant à leurs frères américains nés cinq ans plus tôt. Les premières machines à sous, dites « à gain », sont les roulettes, mises en service aux États-Unis entre 1890 et 1892. En France, les roulettes ne percent vraiment qu’en 1898, et doivent rester conformes à la loi : pas de jeu gagnant. La France développe les machines à billes considérées comme des jeux d’adresse vers 1903, tandis que les jack-pots se développent aux États Unis vers 1905. Ils ne seront importés vers l’Hexagone que très tard, vers 1930.

Alcool : oui, argent : non !

L’explication à cette tiédeur française pour les machines à gain réside dans l’interdiction, depuis 1902 et jusqu’à la première guerre mondiale, des machines de hasard. Les machines fabriquées ne peuvent payer qu’en jetons de consommation. Alcool : oui, argent, non! Les machines importées doivent être modifiées en ce sens. Comme pour toute interdiction, on trouve le moyen de la détourner : les appareils sont transformés en boîte à musique, particulièrement pour les grands meubles, les pièces distribuées ne pouvant servir, normalement, qu’à écouter de nouveaux airs. De 1930 à 1937, la loi se relâche légèrement ou en tout cas, on l’arrange : les jack-pot se transforment officiellement en distributeurs de confiserie qu’on obtient avec une pièce de un franc.

« L’esthétique compense la pauvreté du jeu »

En outre, une prime, constituée par un certain nombre de jetons, est attribuée au client selon la combinaison réalisée par trois roues qui tournent et forment des figures différentes. Avec un peu d’adresse, on se sert du poussoir pour influencer le jeu et arrêter l’un des trois rouleaux... l’imagination des joueurs est infinie. En terme de décoration, « la France compense avec l’esthétisme des appareils ce qu’elle ne peut développer par le jeu, commente Jean Lemaître, collectionneur et auteur du livre « 100 ans de machines à sous ». Les caisses sont en noyer à quatre-vingt pour cent, alors qu’à l’étranger, elles sont en chêne. Cette essence lui confère une patine inimitable qu’aujourd’hui encore elles ont conservé »....

Formes et matériaux

Elles peuvent être également fabriquées en fonte, inspirées des modèles américains, surtout pour les roulettes ou en zinc. Plus fragile, le zinc est réservé aux distributeurs de confiseries ou aux appareils à décharge électrique, sensés guérir les maladies! Les machines à billes sont très belles, d’aspect très soigné. Derrière une vitrine en verre, au centre de la caisse en bois, parfois marquetée, on trouve du velours épais aux couleurs vives, agrémenté de décors raffinés en cuivre repoussé, peint ou émaillé. Les textes sont toujours écrits manuellement, parfois même au pochoir et la diversité des thèmes semble illimitée. Actuellement, ce sont les décors de champs de course qui sont les plus recherchés.

Machines à sous deviennent hors la loi en 1937

Tout le monde joue : hommes, femmes, d’autant que les appareils ne s’implantent pas seulement dans les bistros, les cafés, fiefs plutôt masculins, mais aussi dans les foires et les fêtes foraines, lieux de détente très fréquentés de 1900 à 1937, âge d’or des machines à sous. « De 1914, la guerre, qui portera un rude coup aux machines à sous, à 1927, les métaux disparaissent, employés à fabriquer des armes ». Ce sera l’année 1937 qui assènera le coup de grâce : tout appareil distribuant argent ou jeton est interdit en France.

La France : enfer du jeu ?

Des milliers de roulettes passent du jour au lendemain hors la loi, au grand désespoir de leurs exploitants, qui les transforment en Gitanes à horoscopes. Le temps passe. La loi court toujours, avec plus ou moins de rigueur selon les régions, les villes, les dirigeants. En 1983, on ressort la loi qui interdisait tout jeu de hasard et les parties gratuites sont limitées à cinq. En 1987, les premières machines à sous sont autorisées, mais uniquement dans les casinos. Les machines à sous peuvent enfin vivre et donner ce qu’elles ont dans le ventre, sans restriction......



Dominique Jacquemin
Article extrait du Chineur n°64 - de Février 2003




 
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