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Au cœur de la Chine, cinq Français chinent pour vous!

 

 

 Voici bientôt deux ans qu’ils ont installé leur entreprise de restauration et de vente de meubles et objets chinois en Chine. A Erliban ( à 1 000kms de Pékin), la famille Caron et Benoît Charbonneau sont connus comme le loup blanc. Et pour cause : ce sont les seuls étrangers à la ronde. Le challenge que le Français Bruno Caron s’est lancé, il y a deux ans, n’était pas gagné d’avance. Prospecter et acheter meubles et objets chez l’habitant, sans intermédiaire et sans connaître la langue; installer un atelier de restauration avec une équipe d’ouvriers chinois dont le savoir-faire n’est pas le même que celui des occidentaux; s’accoutumer à l’isolement, à un mode de vie rural, à une autre culture, à des difficultés structurelles, pouvait être un pari risqué. Ce serait oublier l’amour que portent ces Français aux Chinois, qui le leur rendent bien...
 

 

 

 "Lice Erliban. Vue de Lice, c'est à dire le village où nous habitons" 

Scènes de négociations. Nous n'achèterons pas la théière. Tout se passe toujours en souriant. Si le prix est trop bas, ils ne vendent pas, et puis c'est tout. On reste ami ! 

Petite table basse à vin.
Etat d'origine
 
Un lit chnois tel qu'il était chez l'habitant.  



Détail de la sculpture du lit, un singe buvant dans un bol.                    


Grande table basse carrée



Ce Tanka provient de la région tibéthaine de Xiahe, dans l'ouest de la province de Gansu. C'est une icône religieuse en tissu dont le dessin central est peint sur une toile collée sur du tissu. Voilà un objet non ancien, mais magnifique et quasiment introuvable en France
 
 

Petite carafe à alcool en étain. On servait à l'aide de cette carafe, les alcools blancs, chauds ou froids, dans des petits verres, en étain également.


 


Ingénieur mécanique à Shanghai et à Hangzhou, Bruno Caron est amené, en 2000, à exercer son activité dans une usine sino-américaine à Erliban. Très vite, il décide de quitter le « staff-house » et s’installe dans un petit appartement, au village, contrairement aux américains qui n’ont aucun contact avec la population. C’est là qu’à la fin de l’année 2000, sa femme Isabelle et ses deux filles, Mélissa et Julie, quittent Cannes et le rejoignent. Formé à l’école Art Déco du Havre, section ébénisterie, Bruno a toujours gardé une passion pour le bois, et à 41 ans, il songe à un autre projet de vie.

Un projet mûrement réfléchi

Depuis son arrivée, l’idée de restaurer des meubles traditionnels chinois lui trotte dans la tête. Six mois plus tard, son contrat terminé, toute la famille Caron décide de s’installer définitivement à Erliban (prononcer « Eureliban ») et le Français commence à préparer l’organisation de son activité. Ce n’est pas par hasard si le choix du chef de famille se porte sur ce « village » rural de 10 000 habitants. Erliban est situé dans une province historiquement réputée pour la qualité des ses meubles. « Le déclic lui est vraiment venu après avoir visité plusieurs ateliers de restauration de meubles chinois, notamment celui d’un ami américain installé à Hangzhou depuis 17 ans, raconte Benoît Charbonneau, dernier arrivé dans l’affaire. Beaucoup de ses usines sont surtout spécialisées dans la reproduction de mobilier ancien chinois »

« Jamais je n’aurai pensé finir dans les meubles »
 
Pur produit parisien, né dans le 20e arrondissement, Benoît était maître-nageur à Cannes avant de rejoindre la famille Caron en Chine en 2001. « J’ai vécu sur un bateau pendant un an. C’est là, sur le port de Mandelieu, que j’ai connu Isabelle, Julie et Mélissa ». Quand celles-ci décident de rejoindre Bruno en Chine, Benoît les suit peu de temps après. « J’avais dans l’idée de connaître le pays, peut-être d’y rester si j’en avais l’opportunité. En discutant avec la famille, j’ai pris la décision de les aider à mettre en place l’activité. Et c’est en janvier 2002 que je me suis définitivement installé à Erliban. Là, j’ai véritablement commencé à travailler au projet. Si on m’avait dit que je finirais dans les meubles… ! »
 
Une intégration chaleureuse
Cela fait donc un an que la famille Caron partage la vie des chinois lorsqu’ils installent les locaux et l’atelier en décembre 2001. « Peu à peu, la famille s’est fait connaître, raconte Benoît. Ils ont été acceptés et chaleureusement accueillis, tellement bien qu’ils étaient même envahis: arrivés en plein hiver, les Chinois se souciaient de savoir s’ils étaient suffisamment couverts, soulevant même les pantalons pour le vérifier … Très curieux, ils ouvraient les placards, les tiroirs pour découvrir les objets des Français. Les enfants passaient à toutes heures et apportaient des petits cadeaux de bienvenue ». Mélissa, alors âgée de 9 ans, organise avec sa maman des ateliers de dessin, des séances photos, des déguisements avec les petits chinois. Une excellente manière de faire connaissance et de découvrir mutuellement des cultures différentes...

Premier challenge : s’adapter à la vie rurale chinoise
 
Car si la famille française ne souffre pas de rejet, aucun ne parle la langue. On étudie un peu, on se débrouille beaucoup et finalement on arrive à se faire comprendre. La famille vit dans une maison construite à la manière chinoise traditionnelle, en brique et torchis. Il a fallu adapter la maison aux exigences occidentales : toilettes, salle de bain avec douche, chauffage au charbon, vraie cuisine, mais sans eau chaude courante, juste un cumulus dans la cuisine! « Nous avons connu des pannes d’eau et d’électricité dont la plus longue a duré un mois! » commente encore Benoît.
 
«Caractère de Chine» est né
 
Heureusement, à l’atelier il n’y a pas ce genre de problème... « Même si l’idée de Bruno a fait rêver des copains, au moment de commencer réellement la mise en place de l’activité, il n’y avait que nous cinq » note Benoît. Retourné en France en septembre 2001, il lui faut vite revenir car le local est trouvé, une dizaine de meubles sont stockés. Bruno installe l’atelier avec deux premiers ouvriers et lorsque que Benoît revient, un mois plus tard, tout est en place, le matériel en grande partie acheté, il ne reste plus qu’à travailler : “Caractères de Chine“ est né...
 
Autre souci : la langue…
 
Mais les débuts sont lents : pour toute aide, les Français n’ont que leur volonté. « Nous avons avancé étapes par étapes, à la débrouille, faute de véritables moyens financiers, se souvient Benoît. De plus, aucun chinois ne sait parler français. Tout se passe en mandarin ou en anglais pour le peu qui le parle. Heureusement pendant ces années en Chine, Bruno a lié connaissance avec des ingénieurs chinois, dont un qui nous aide à traduire les papiers administratifs importants, nous explique les formalités... » Les Français font donc comme ils peuvent pour mettre en place une structure cohérente et résoudre les problèmes dus essentiellement à la langue, très difficile à apprendre.
 
et l’emprise de la tradition en Chine
 
Mais également dus aux deux ouvriers embauchés à l’atelier. « Il n’est pas aisé de faire comprendre à des ouvriers chinois notre démarche de restauration de vieux meubles auxquels, eux, n’attachent que peu d’importance et de les faire travailler selon nos critères de qualité, note le jeune Français. Nous avons rencontré beaucoup de difficultés à trouver des ébénistes et des ouvriers ouverts au dialogue et à l’échange de savoir-faire. Les Chinois sont généralement peu enclins à prendre des responsabilités, à remettre en cause et à améliorer leur savoir-faire ». Devant cette forte emprise de la tradition, les français vont perdre beaucoup de temps. De guerre lasse, ils décident de laisser faire les chinois comme ils l’entendent et les prennent en défaut devant tout le monde. «C’était le seul moyen de leur faire admettre qu’il y avait des techniques à apprendre. Sinon ils se braquaient et les relations devenaient difficiles». Force est de constater qu’ils ne peuvent arriver comme des colons et qu’ils doivent s’adapter, mais, « encore aujourd’hui, Bruno doit être présent à l’atelier, sinon l’attention fléchit »...
 
Une entreprise familiale bi-culturelle
 
Neuf mois plus tard, « Caractères de Chine » a trouvé son rythme de croisière, au moins sur le plan relationnel. Et si la jeune entreprise a peine à se faire connaître, l’organisation est bien établie. Benoît, en charge de la gestion administrative, de la comptabilité, de l’informatique, des contacts avec les clients et les fournisseurs chinois, crée un site internet. Julie, la fille aînée de Bruno, seconde Benoît, et aide sa mère à l’atelier aux finitions, à la teinture et à la cire des meubles. Directeur de la société, Bruno Caron dirige l’atelier, gère la société-mère à Hong Kong dont « Caractères de Chine » est une office représentative, prend les décisions et prépare l’avenir. Parfois, il travaille en free-lance pour de courtes périodes sur des chantiers en Chine, et le fruit de cette activité aide à financer la structure artisanale d’Erliban.
 
Une structure artisanale et complémentaire
 
Quant à Mélissa, la plus jeune des filles, elle sert souvent d’interprète car elle est incontestablement la plus douée en Chinois. A tour de rôle, les adultes du groupe se chargent des achats de meubles et de matériels. Côté Chinois, l’atelier compte deux ébénistes, deux ouvriers chargés du lavage, ponçage, démontage des meubles, un dessinateur chargé de redessiner les frises et les sculptures abîmées, de restaurer les peintures et les fermoirs et un sculpteur. Une ouvrière assiste Julie et Isabelle à la finition. «Nous travaillons de manière artisanale et familiale, en exploitant les qualités de chacun dans le domaine qui lui correspond le mieux, explique Benoît, le communiquant. Nous avons la chance d’être complémentaires». Quant à l’atelier, c’est un mélange de cultures chinoise et française qu’il s’agit de concilier...
 
 



 



 









 




 
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