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Emaux de Longwy : « Tu as de beaux bleus, tu sais »


Célèbres pour leurs semis de fleurs, leurs cinquante bleus différents et leurs craquelures, les émaux de Longwy ont été inventés il y a moins de 150 ans pour lutter contre l’importation des céramiques asiatiques. Lumineux, chatoyants, ils peuvent contenir jusqu’à cinquante couleurs par pièce et comptent 767 teintes d’émaux cernés d’un fin trait noir à l’encre de Chine. Une technique décorative qui assure leur renommée encore aujourd’hui...

Une production de qualité
Le bleu, couleur de prédilection
Japonisme, orient et fleurs de pommier...
Années 50, époque des -belles- séries
Retour des semis de fleurs après-guerre

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Emaux, art déco, Claude Levy










Bougeoirs 19e fond noir Emaux










Grand vase. 19e










Médaillon représentant le dieu Pan. 19e









Gourde 19e miniature, Emaux cernés









Porte courrier Emaux 19e










Vase 20e Emaux chevallier

Une production de qualité

1798. La première faïencerie de Longwy s’installe au Couvent des Carmes. Son activité s’oriente vers la céramique de décoration et d’ornement. Dés 1804, Napoléon remarque la qualité des modèles et commande un service pour les maisons de la Légion d’honneur. En 1835, le baron Henri-Joseph d’Huart devient propriétaire et développe l’affaire, ses deux fils lui succédant vingt ans plus tard. Leur principal objectif : moderniser la production et faire face au déferlement des céramiques cloisonnées d’Extrême-Orient. Pour s’opposer à cette concurrence sur leur propre terrain, il faut appliquer la technique des cloisonnés à la faïence. L’Italien Amédée Caranza, peintre-décorateur de retour du Japon met au point le procédé et y initie le faïencier Boch de Nothomb. Nous sommes en 1872. Les émaux de Longwy sont nés, assurant la renommée de la cité lorraine

Le bleu, couleur de prédilection

« Non seulement Longwy se place au cœur de l’Europe, explique Huguette Dreyfus, collectionneuse mais également présidente de l’ACAFEL, mais la région a la chance de réunir tous les éléments nécessaires à une bonne fabrication : l’eau, le bois pour le charbon, une bonne terre, riche en kaolin, en plomb et en silice qui donnent plus de finesse à la faïence »... Alors que dans le cadre de l’émail cloisonné, les motifs sont délimités par de minces cloisons de métal retenant la matière vitrifiée, les motifs des émaux de Longwy sont simplement cernés : un fin tracé noir marque le contour du décor et empêche les émaux colorés de couler. La technique permet des décors multiples, d’une matière magnifique. Les émaux, étalés au pinceau, sont mélangés à une substance gélatineuse, qui en renforce l’épaisseur. La surface du biscuit se pare d’un chatoiement de couleurs dont la brillance renforce encore l’éclat. De toutes les teintes, le bleu est la couleur favorite. C’est un bleu tirant sur le turquoise, qui met en valeur les décors contrastés qui s’y mêlent.

Japonisme, orient et fleurs de pommier...

A la fin du XIXème siècle, la vague japonisante touche tous les domaines de l’art et celui des arts décoratifs. « Les émaux de Longwy vont donc vouloir concurrencer les importations d’Asie en s’inspirant de motifs traditionnels de l’Empire du Soleil Levant : dragons, coqs, chimères, roseaux, oiseaux d’eau, chrysanthèmes », raconte la collectionneuse. En 1878, à l’exposition universelle de Paris, c’est le triomphe. La fameuse « fontaine de style Iznik » exposée obtient une récompense et consacre le succès des émaux. Mais si le japonisme bat son plein, d’autres pays servent également de sources d’inspiration : la Turquie, le Perse, l’Egypte. « La décoration se tourne vers des oiseaux d’inspiration orientale, des phénix, des cigognes; les fleurs de lotus rappellent le Moyen-Orient »... C’est à cette époque, vers 1880, qu’apparaissent les semis de fleurs et les fameuses fleurs de pommier. Répétitifs, à « fonds pleins », noir, rouge ou bleu, ils peuvent recouvrir la totalité de la surface ou se parer de cartels variés, ornés de scènes champêtres, d’oiseaux sur branche ou de paysages touristiques. Symbole de la production longovicienne, ils sont de tous les décors et vont le demeurer longtemps.

Années 50, époque des -belles- séries

La notoriété de Longwy va alors attirer les plus grands artistes, qui créeront des barbotines et des majoliques. L’époque Art nouveau ne laisse pas un souvenir impérissable dans l’histoire des émaux de Longwy, excepté quelques grands vases de Croisy et des panneaux muraux de Schuller. Avec l’arrivée de l’Art déco, vers 1912, le goût des japonaiseries disparaît. Les fleurs se géométrisent, les décors se font plus simples, la palette des coloris se restreint. Mythologie et formes épurées sont les sujets de prédilection. « C’est pour Longwy une période d’intense créativité mais aussi celle des séries. Les grands magasins, la Samaritaine, les Galeries Lafayette lancent leurs ateliers d’art, Primavera pour le Printemps, Pomone pour le Bon Marché », note Huguette Dreyfus. Des modèles exclusifs signés Claude Levy ou Olescievicz sont commandés. « Les grosses firmes offrent des cendriers en émaux à leurs employés lors de grandes occasions et même les mairies en donnent lors d’anniversaires de mariage ou de départs à la retraite ». Les débouchés commerciaux sont assurés avec ces séries spéciales.

Retour des semis de fleurs après-guerre

En 1931, Maurice-Paul Chevallier, qui dirige alors l’atelier de création de la faïencerie, présente sa fameuse « boule coloniale » à décor de jungle. Elle va être primée à l’exposition coloniale de Paris. Après la sobriété des années Art déco, cette récompense marque le retour de l’inspiration florale et japonisante. La Guerre de 1940 fait marquer une pose à la production qui reprend un an plus tard. Maurice-Paul Chevallier impose son style, créant dans les années 50 et 60 ses célèbres décors de châteaux, certes prestigieux, mais boudés par les collectionneurs. De nombreux décorateurs de renom comme Paul Mignon l’accompagnent. L’après-guerre voit le triomphe du semis de fleurs sur fond bleu. Devenu emblématique, le décor est plaqué sur une foule d’objets utilitaires ou décoratifs largement utilisés. Il faudra attendre 1980 pour que l’arrivée de designers insuffle un vent de créativité. Heureusement pour les émaux de Longwy, l’activité faïencière a su aujourd’hui résister à la crise : tout en restant fidèle à sa technique et à ses traditions, elle poursuit ses recherches dans la créativité...

Dominique Jacquemin
Chineur n°65 - Mars 2003
(remerciements à Huguette Dreyfus pour sa participation)




 
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