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Le tour de France des dentelles

Le point de Sedan
Le point de Tulle
Le point d'Argentan
Le point d'Alençon
Le point aux fuseaux
Le point de Chantilly
La dentelle à Calais
La dentelle à Valenciennes
La dentelle à Caen
la dentelle à Bayeux
La dentelle de Puy-en-Velay
Autres techniques


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Le Point de Sedan

Devenue française en 1642, la ville ardennaise ne découvre cependant pas la passementerie lors de l’installation de sa Manufacture par Colbert. Le point coupé est déjà pratiqué depuis 1527 par la corporation sedannaise, qui va pratiquer elle aussi le point de France en vigueur dans tout le pays. Assez richement ornée, la dentelle de Sedan à l’aiguille a les mailles de son réseau, soit bouclées, soit faites de picots et de brides. Le fond se voit peu sous les ornements touffus. Les brodes épaisses permettent de mettre en relief les dessins, mais la mode des dentelles sous Louis XVI entamera son déclin.

Comment reconnaître le point de Sedan ?

Il utilise la même technique que le point de France mais innove en adoptant le style rocaille qui laisse peu de place au réseau à brides picotées. En général il n’y a aucun relief dans le point de Sedan. La diversité des points d’ajourage est stupéfiante. Le décor est abondant.


Le Point de Tulle

C’est vraisemblablement Catherine de Médicis qui introduisit le filet brodé à la cour de France au milieu du XVIème siècle. Les dentellières tulloises honorent les commandes, d’autant que l’achat de dentelles étrangères est interdit. Les commandes se poursuivent avec assiduité jusqu’à la Révolution qui mettra le coup de grâce à toutes les productions dentellières.

Comment reconnaître le point de Tulle ?

Le filet est constitué de mailles carrées nouées aux quatre angles dont la forme et les dimensions sont données par un moule. Le point de base est à mailles nouées et forme des losanges minuscules dont les pointes sont perpendiculaires à la lisière. Puis la pièce est brodée sur un métier à broder. Points spécifiques : le grossier, le respectueux, le picot, sorte de point boutonnière.


Le Point d’Argentan

Le point d’Argentan était sûrement l’un des plus anciens et des plus importants centres de dentelles à l’aiguille. En 1665, plus de 8 000 personnes font de la dentelle à Alençon, Sées et Argentan. C’est vers la fin du XVIIIème siècle que le point d’Argentan commence à faire oublier le point de France, juste avant la Révolution. La confection de sa maille tortillée donne au point d’Argentan sa spécificité et lui confère son immense succès.

Comment reconnaître le point d’Argentan ?

Il se différencie du point d’Alençon par un réseau à petites et grandes mailles rondes, façon boutonnières. Le point est plus prononcé que dans l’Alençon, un peu plus lourd. On peut trouver dans le même corps de la même dentelle une différence entre les tailles des mailles. Le décor est composé et semé de petites fleurs, de fleurs épanouies, de bouquets et de quelques éléments architecturaux.

Le Point d’Alençon

Ce point est rentrée dans la production dentellière au début du XVIIème siècle, mais le point coupé y existait depuis plus longtemps puisque sa production était déjà renommée, avant même la création par Colbert, en 1665, d’une Manufacture Royale. Formées par les dentellières vénitiennes, les Alençonnaises vont d’abord suivre ce que leur impose la Cour de France, ainsi que toutes les autres Manufactures Royales : le point de France; puis en 1671, le point d’Alençon, qui continuera de se développer en parallèle. Pendant tout le XVIIIème siècle, l’Alençon est la plus prestigieuse et la plus coûteuse des dentelles; elle connaît son apogée sous Napoléon Ier, Joséphine et Marie-Louise en raffolent. La fabrication privée du point d’Alençon disparaîtra progressivement avant la deuxième Guerre Mondiale, concurrencée par la dentelle mécanique.

Comment reconnaître le point d’Alençon ?

A son réseau, ses remplis, ses modes et ses brodes (voir: “dentelles à l’aiguille”). Le réseau peut être simple ou festonné. Au cours des siècles, le point d’Alençon s’est différencié du point d’Argentan par son réseau régulier et tortillé. Onze étapes jalonnent ce point. Les dentellières glissaient parfois dans le décor un crin de cheval pour lui donner du relief...

La Dentelle aux fuseaux

Contrairement à la technique précédente, elle est exécutée sur un support, carreau ou coussin. Le matériel est plus complexe que pour la dentelle à l’aiguille, car il faut, là aussi, un parchemin ou vélin, où sera piqué le dessin à exécuter. Le fil est en lin, le plus souvent, mais aussi en soie, en coton, parfois en fils d’or ou d’argent. Le “piqueur” travaille sur un parchemin de couleur rouge pour la dentelle blanche et de couleur claire pour la dentelle noire. Le fil de lin est le plus fréquemment utilisé car il peut se dédoubler. Sur le support choisi, le parchemin est épinglé et les fuseaux, le plus souvent en buis, servent à croiser les différents fils. Il existe deux sortes de dentelles aux fuseaux : la dentelle à fils continus qui est faite d’un seul tenant et qui peut nécessiter mille fuseaux pour un dessin compliqué, et la dentelle à pièces rapportées qui permet de travailler plus facilement les motifs. La Chantilly, par exemple est exécutée à fils continus. La technique consiste, pour ces deux procédés, à croiser les fuseaux de façon à ce que les fils forment entre eux un tissage. Lorsque ce dernier est très serré, on l’appelle un “toilé”; il existe aussi des parties plus aérées selon les motifs choisis, faites avec moins de fils. Lors de l’exécution du travail, les points de croisement des fils sont tirés à l’aide de fines épingles en cuivre. Ces points d’ancrage permettent de réaliser sans enchevêtrement de fils les mailles de la dentelle aux fuseaux ainsi que les grillés, points servant au remplissage de certains motifs.

Le Point de Chantilly

D’origine francilienne depuis le XVIIème siècle, paradoxalement, on ne commence à parler véritablement de dentelle de Chantilly que lorsqu’on n’en fabrique plus dans la région. En effet, à partir de 1840, la plupart sont faites en Normandie, d’abord à Caen, puis à Bayeux. Son succès est tel qu’on en voit partout. La délicatesse de ses motifs et sa légèreté en font les délices de Mme du Barry et Marie-Antoinette, puis plus tard de Napoléon Ier et enfin de Napoléon III, dont la mode des grands châles couvrant les crinolines donnait du travail aux dentellières. Ce sont les premières dentelles à avoir été copiées à la machine.

Comment reconnaître la dentelle de Chantilly ?

Elle est généralement noire, en soie, à fils continus, dont le fond, travaillé à ses débuts comme le point de Paris, est devenue par la suite le fond Chant (de Chantilly) d’une confection plus rapide. Ce fond est identique à celui de Lille. Les motifs sont toujours sertis d’un fil de soie plus gros que celui utilisé dans le corps de la dentelle.

La dentelle à Calais

C’est à Calais qu’en 1816, apparaît la mécanisation. Les premières machines à travailler le tulle font leur apparition en provenance d’Angleterre. Le gain de temps considérable que représente ce fond préfabriqué permet de se pencher sur des métiers de plus en plus élaborés, qui étendent la possibilité d’imitation des points de dentelle. Plus tard, l’invention du métier Jacquard permet de reproduire quasi à l’identique les dentelles en soie de Caen, ou en lin de Malines, Valenciennes, Alençon, Venise, Le Puy. En copiant les points et les dessins, la dentelle mécanique s’en approprie les noms et il faut parfois être expert pour voir la différence. Aujourd’hui, la dentelle de Calais est toujours aussi recherchée, utilisée dans la lingerie de luxe, la haute-couture, associée à d’autres matières contemporaines.

Comment reconnaître la dentelle de Calais ?

Aux passages de ses fils en lignes successives. Elle utilise des points différents qui ressemblent beaucoup à ceux de la dentelle à la main. Pourtant le machine qui ne revient jamais en arrière, ne peut utiliser la complexité des passages de fils, que seule la main peut réaliser

La dentelle à Valenciennes

Comme dans bons nombres de villes en France, c’est la mère supérieure d’une congrégation, qui donne à Valenciennes les moyens de sa production en enseignant aux jeunes filles ce qui leur permettra de gagner leur vie. Grâce à elles, la dentelle aux fuseaux acquière une réputation comparable à la dentelle à l’aiguille. Ayant réussi à se débarrasser de tout influence flamande, la Valenciennes est recherchée pour la blancheur crémeuse de ses mats, la fermeté de ses contours et la clarté rigoureuse de ses fonds. Au XVIIIème siècle, elle est réputée pour être éternelle, ce qui explique sans doute son prix, plus élevé que celui de ses voisines, Lille ou Arras!

Comment reconnaître la dentelle de Valenciennnes ?

Au XVIIIème, c’est une dentelle à fils continus. Elle est caractérisée par un toilé extrêmement serré et très uniforme. Les mailles de son réseau sont tressées sur tous les côtés. Elles sont d’abord rondes, puis deviennent carrées vers 1740 : leurs quatre côtés sont égaux, mais elles sont travaillées sur les côtés. Au XIXème siècle, la technique est très différente. Ce n’est plus une dentelle à fils continus, mais à fils coupés. On utilise un plus grand nombre de fils dans le toilé que dans le réseau, les fils supplémentaires étant coupés derrière les motifs après exécution. Cette méthode est plus rapide et permet de faire des Valenciennes de tailles plus importantes. A cette époque, la Belgique en devient un des plus gros producteurs, puis le seul.


La dentelle à Caen

Dès le XVIIème siècle, la fabrication de la dentelle à Caen est très importante. Mais la fameuse blonde de Caen ne fait parler d’elle qu’autour de 1760. C’est une dentelle assez simple, exécutée comme à Bayeux, au fil de lin noir ou crème (d’où son nom) et peu coûteuse, sauf lorsqu’elle est exécutée en véritable fil d’or ou d’argent. Les blondes claires étaient exécutées en été et les blondes noires en hiver. En 1847, la dentelle de Caen occupe 50 000 personnes, soit un huitième de la population du Calvados. Au XIXème siècle, l’industrie de la dentelle blonde est prospère, notamment en Normandie; à la fin du siècle, il s’en fabrique beaucoup en soie noire, malgré les imitations mécaniques.

Comment reconnaître la dentelle de Caen ?

Elle se caractérise par l’utilisation de fils de soie de titrages différents qui lui donne un effet de brillance très spécial. Ses motifs, très sommaires, souvent des trèfles à quatre feuilles, sont entourés d’un fil de soie plus épais, voire de couleur différente, ou de chenille veloutée et frisée. On enfile des rubans ou des branches de fleurs artificielles à travers les trous de ses larges mailles.

La dentelle de Bayeux

Le commerce de la dentelle aux fuseaux se généralise au XVIIème siècle. Ce sont les sœurs de Rouen qui l’enseignent aux jeunes filles et femmes de Bayeux. La dentelle de Bayeux est à fils continus (voir “la dentelle aux fuseaux”). Les mailles du fond sont triangulaires et la production est essentiellement inspirée de Chantilly. L’emploi du fil de soie noire est une de ses caractéristiques. Comme pour toutes les autres dentelles, la production diminue à la Révolution, mais la venue de la maison Lefébure, au début du XIXème siècle, élabore une production de haut niveau, qui contribue à son succès.

Comment reconnaître la dentelle de Bayeux ?

On ne peut guère attribuer à Bayeux un genre spécifique qui aurait été développé sur les lieux mêmes, mais sa marque distinctive est la qualité extrême de sa production, qu’elle soit blonde, en soie noire, point de Paris, Chantilly, Valenciennes, Alençon ou Venise, de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu’au début du XXème.

La dentelle de Puy-En-Velay

Elle est sans doute une des plus anciennes de France. Elle apparaît au XVème siècle sous forme de pratique familiale, puis des marchands ambulants lui donnent un essor plus industriel. Dans les congrégations, la dentelle prend même plus de place que l’éducation religieuse. La dentelle du Puy est célèbre pour son point dit “de Cluny” en soie noire ou crème, qui servait au XIXème siècle pour les châles, mais on trouve également la dentelle de laine, les dentelles fantaisie et la guipure noire.

Comment reconnaître la dentelle du Puy ?

Point de Cluny : Exécuté à fils continus, il est à motifs géométriques, agrémenté par un point d’esprit en forme de grains d’orge, parfois de petits médaillons dans lesquels se trouvent des fleurs, des brides et des picots. Guipure : elle représente toutes dentelles qui comportent un relief. Elle est utilisée en frise et se pose en bordure de vêtement.

Autres techniques

Outre ces deux procédés les plus courants, on se doit de citer des techniques dérivées de la dentelle, comme le crochet qui devait séduire les Irlandais au XIXème siècle, la dentelle au filet, dentelle d’ameublement appréciée à cette même période et les dentelles au lacet, qui rappelle la dentelle de Venise et qui s’est faite appeler Richelieu, et enfin le tulle mécanique, apparu au XVIIIème siècle et qui, rebrodé, imitait parfaitement la dentelle.



 
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