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Scripophilie, ou la passion des titres anciens


De quelle façon commence une collection de titres anciens de bourse ? Bien souvent par un cadeau. C'est le cas de Gilles Carrière, qui s'est vu offrir il y a dix ans, de très belles actions du XVIIIè siècle. Mais de quelles façons un néophyte qui se verrait brusquement à la tête de ces documents, décotés en bourse depuis 1984, peut-il s'y retrouver ? Nous avons cherché à vous guider à travers les dédales d'une collection dont le nombre de titres se chiffre par millions dans le monde et dont la cote varie selon des critères très précis. Voilà pourquoi un titre pourra s'échanger sur le marché à partir de 10 francs, et aller jusqu' à 100 000 Francs : encore faut-il pouvoir en comprendre les raisons pour rentrer dans le club fermé des scripophiles...


Petit lexique de la scripophilie
Des thèmes porteurs à sélectionner
Tendance…
L’Art Déco en action
La rareté, critère essentiel de valeur
Essence et impressions
Développement de la scripophilie en 1984

Ne manquez pas : Gilles Carrière, collectionneur de rêves
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Deux actions de la Banque de Commerce de Sibérie datées du 26 juin 1872





































Part de fondateur au porteur de 200 F datée du 5 juin 1896






























Action de cent francs au porteur des usines d’automobiles G. Brouhot





























Rentes datées de Décembre 1764




Petit lexique de la scripophilie

La scripophilie s'intéresse à toutes formes de vieilles valeurs, qui, un jour, ont été cotées sur une place financière. Regroupées sous le terme générique de "titres de bourse", elles sont réparties en quatre types de documents : les actions, les obligations (ou emprunts), les parts de fondateurs ou les parts de bénéficiaires.
Les actions : c'est un droit de copropriété sur une entreprise. Elle donnait droit à un dividende, matérialisé par le détachement d'un coupon, qui variait en fonction des résultats et de la politique de redistribution de l'entreprise.
Les obligations : ces créances donnent droit à un intérêt convenu à l'avance. Sauf circonstances exceptionnelles, le porteur, qui ne fait pas partie de l'entreprise, est certain de toucher un revenu fixe. L'emprunteur peut être une entreprise, une collectivité, ou un Etat. Une obligation peut être convertible en action.
Les parts de fondateurs ou les parts bénéficiaires : En voie de disparition, la loi interdisant désormais d'en créer, elles donnent droit à une partie des bénéfices de la société, mais ne constituent pas un droit de propriété sur le capital, sauf éventuellement sur les bons de liquidation; elles ne donnent aucun pouvoir de décision dans la gestion de la société.


Des thèmes porteurs à sélectionner

La collection de vieux titres de bourse comporte de multiples facettes ; cinq d'entre elles constituent des critères pour déterminer la valeur d'un titre : les thèmes abordés, véritables témoignages de l'histoire économique et financière ; les illustrations, souvent très suggestives, parfois signées d'un artiste comme Mucha, dessinateur extrêmement prolifique, d'un administrateur célèbre, comme Fernand de Lesseps, ou d'un grand financier comme Rothschild; l'ancienneté, la rareté, l'état de conservation. Le nombre de titres est tellement important que souvent les collectionneurs choisissent un thème pour resserrer le champs de leurs investigations. De la presse à la mode, en passant par les transports, les casinos et les hôtels, les sujets de collection ne manquent pas.


Tendance…

En France, les emprunts touchant à la gastronomie, la vigne, les vins et les alcools sont de loin les mieux cotés. Sans oublier les fanatiques de l'automobile, prêts à payer jusqu'à 1220 € (8 000F) en vente publique une action émise par la Mercedes Co en 1904. Dès la fin du XIXè siècle, avec l'arrivée de l'Art Nouveau, les titres s'illustrent; les tous premiers ne l'étaient pas, mais possédaient en revanche, une vignette, un petit médaillon, en haut, sur le papier. Les titres français se remarquent par la richesse de leurs illustrations gravées, monochrome ou polychrome. C'est à partir de 1850 qu'ils sont imprimés sur papier couleur. Les titres étrangers, notamment américains, sont, eux, moins décorés et la plupart du temps monochrome.


L’Art Déco en action

C'est ainsi qu'un certain nombre de collectionneurs se passionnent pour des titres rares où se retrouvent le passage des mouvements Art Déco et Art Nouveau. L'Art Nouveau se caractérise par un design léger, aux formes arrondies et fleuries, prônant l'esthétique; l'Art Déco date des années 1920 et se caractérise par un style plus lourd, aux formes géométriques. Artistes célèbres de cette époque s'étant prêtés à la conception de gravures Art Déco : Alfons Mucha, Cantenacci, Félix Schmidt, Capiello, Métivet. Leurs signatures sont toujours synonymes de plus-value. Il serait pourtant faux de croire que les titres richement illustrés valent davantage que les non décorés, d'autres critères entrant en ligne de compte pour en déterminer la valeur marchande...


La rareté, critère essentiel de valeur

Ainsi, la rareté demeure le critère essentiel de la valeur d'un titre. Les fameux emprunts ou autres obligations des pays de l'Est sont légion : avant l'annonce de leur remboursement par les Etats émetteurs, ces documents ne valaient pas un franc pièce et étaient acquis au poids. Le nombre de titres émis est, en principe, inscrit sur le document; par exemple : "capital divisé par X actions". Plus le tirage est faible, moins de 5 000 , plus la valeur augmente. Tout dépend aussi du nombre d'exemplaires en circulation sur le marché. Un titre peut être rare, jusqu'à ce que des centaines d'exemplaires apparaissent brusquement... c'est ce qui est arrivé à "L' Omnibus de Paris " qui se vendait à une époque près de 1000 francs. Un heureux spéculateur en a inondé le marché. Sa cote s'est effondrée. A 200 Francs, il n'y eut plus d'acquéreurs ! Ce qui fait dire à un collectionneur : "tant qu'une action n'est pas sortie, on ne connaît pas sa valeur réelle et on ne peut donc pas la déterminer".


Essence et impressions

Les titres, en majorité antérieurs à 1940, sont tous gravés sur papier. Les imprimeurs disposent de papiers résistants aux outrages du temps et des faussaires. Grâce aux filigranes, la fraude est écartée. Les papiers sont minces et légers pour faciliter les opérations de comptage. Au XVIIIè siècle, les titres sont parfois en Velin et l'impression est effectuée, soit en typographie, soit en taille douce (gravure sur cuivre), soit encore, et c'est plus rare, par une combinaison des deux. Au XIXè et XXè siècles, l'impression se fait sur des papiers de caractéristiques variées et la plupart du temps en plusieurs couleurs, la quadrichromie restant toutefois une exception. La lithographie, qui a été utilisée au XIXè siècle, disparaît avec les progrès techniques de la photogravure.


Développement de la scripophilie en 1984

L'ancienneté d'un titre n'est pas systématiquement critère de valeur marchande. Bien sûr, pour majorité, les titres datés du XVIIIè siècle sont les plus anciens et également les plus rares. De 1800 à 1848, peu de sociétés se créant, faisaient appel à l'épargne, exceptés les canaux, les mines de charbon, ou les premiers chemins de fer. Entre 1848 et 1929, les titres émis sont les plus nombreux. A cette époque, la révolution industrielle bat son plein. Les sociétés se multiplient. On assiste donc à un essor des titres. C'est l'âge d'or pour les collectionneurs. En 1929, c'est le crack boursier : les faillites se succèdent à un rythme effréné. A partir de cette date, les titres qui apparaissent sur le marché présentent peu d'intérêt. Quand la dématérialisation arrive en 1984, la scripophilie se développe, particulièrement aux Etats-Unis, en Allemagne , en Angleterre et aussi en France, très riche en titres, moins en collectionneurs...


Dominique Jacquemin
Chineur n°48 – Octobre 2001




 
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