Jouet mécanique «Le pochard». n°172 bis , 1899. Mécanisme à ressort. Antique Toys
«Le menusier», n°212, 1908. Mécanisme à ressort. Antique Toys
«Le livreur express», n°224 1911 'COLIS PARISIEN NOUVEAU JOUET Mecanique Automatique', « 'Très très pressé » inscrit sur le colis.Mécanisme à ressort
«Le petit pianiste», n°189, France, 1901-1902. Il joue «J’ai du bon tabac» (pour le marché anglais et américain, «God save the Queen»). Il existe des modèles avec ou sans cheveux. Mécanisme à ressort. Antique Toys
«La conquête du Pôle», n°217, 1909, inspirée par l’expédition de l’Amiral Perry. Mécanisme à ressort. Christies South Kensington. D.R
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Un passion qui coule de source
Une vie toute entière dédiée à la passion des jouets mécaniques ! Originaire d’Amiens, autodidacte, Séraphin Fernand Martin est un personnage de roman. A neuf ans il fabrique de petites arbalètes avec des bouts de ressorts, des baguettes et du fil qu'il revend un sou à ses camarades ... Dès 1878, il dépose le brevet d’un poisson nageur actionné par un caoutchouc torsadé. Le succès inattendu de ce petit objet lui permettra d’ouvrir en 1880 sa première fabrique de jouets à Paris dans le 20ème arrondissement. L’industrie du jouet est alors complémentaire de celle de la ferblanterie. La découpe ou l’emboutissage d’ustensiles ménagers laisse de grandes quantité de chutes de fer-blanc que les fabricants de jouets vont exploiter pour sortir leurs premiers modèles en série.
Un travail simple mais inspiré
Fer-blanc et carton sont faciles à découper, faciles à estamper; Fernand Martin le sait : c’est une fabrication rapide et économique. Il va doter ses jouets de mécanismes simples d’horlogerie. Un seul but : prendre le contre-pied des productions sophistiquées des Roullet-Decamps et Lambert dont les automates, réalisés à la commande n’attirent qu’une clientèle aisée. Fernand Martin veut démocratiser le jouet mécanique en fabriquant des personnages populaires. Des jouets peu coûteux, souvent drôles, au mécanisme sommaire mais solide. Et, c’est important, à la finition délicate. Il tire son inspiration des actualités « Le vaillant Boer », sans numéro, 1900), du spectacle («L’ours Martin» n°193, 1903) et surtout du patrimoine social. Les « Bonshommes Martin » sont à la gloire des petits métiers disparus, de l’homme-sandwich à la concierge en passant par le livreur de tonneaux ou la petite marchande d’oranges. L’analyse critique de la société n’est pas très loin et certains modèles frôlent l’irrévérence, « Le pochard » n°172 bis , 1899, « L’éminent avocat »n°202, 1915 ...
Un succès commercial
Une armée de représentants sillonnent le pays pour prendre les commandes, présenter les nouveautés dans des grands magasins comme « Le Printemps ». Habile, soucieux de son image, le fabricant soutient chaque nouveau modèle (4 par an) par de la publicité évènementielle dans les foires, française et étrangères, ou lors des Expositions Universelles. En 1888, ses marchés couvrent l’Europe, les Etats-Unis et même la Russie. C’est un petit automate de 18 cm qui viendra consacrer cette réussite : « Le Livreur» rapportera à la fabrique près d’un million de francs or ! Le succès est tel qu’on dut avec la police établir un service d’ordre à ma porte et donner des numéros aux acheteurs » racontera Fernand Martin (Petit Parisien, 1913).
Une méthode d’avant-garde
La manne du “Livreur” lui permet en 1892 d’installer au 88 boulevard Ménilmontant une toute nouvelle usine de conception révolutionnaire. Fernand Martin veut miser sur la productivité. Désormais ces automates seront assemblés sur une chaîne de montage et ses ouvriers (300 à plein temps) seront payés au rendement. Il compte sur des matières premières peu onéreuses et sur une organisation rationnelle : du prototype aux matrices et outils de découpes qui permettront sa fabrication en série, il faut environ trois mois pour lancer un jouet sur le marché. Le prix d’un pantin mécanique oscille entre 1,45 frs et 2,45 frs pour les plus complexes comme le «Joueur de piano» (60 pièces à assembler !) sois moins que la moitié de la «thune», 5 francs, que gagnait par jour un ouvrier de l’époque.
Une renommée sans rivale
Fernand Martin mène une active politique de brevets pour se protéger des innombrables copies qui fleurissent en Allemagne ou au Japon. Une fois encore, son approche est originale : il protège aussi bien les jouets entiers que les systèmes mécaniques qui les animent. Le pari est gagné. Ses jouets triomphent à l’Exposition Universelle de 1889 ou au concours Lépine («Ma nounou», n° 241 en 1904).En 1900, on dénombre 39 industriels du jouet (fabricants de poupées compris) dont la fabrique Martin de loin la plus importante avec ses 800 000 jouets en tôle par an dont la moitié part à l’export.
Un trésor pour collectionneur
Sur sa maison de Villefranche, Fernand Martin scelle 40 disques en terre cuite de 70cm de diamètre représentant les jouets fabriqués entre 1880 et 1912 ! Fasciné par l’évolution du jouet, il fait don au Conservatoire des Arts et Métiers d’une centaines de ses modèles produits pendant trente ans. C’est de loin la plus belle collection au monde car les jouets Martin sont rares. Fabriqués avant 1914, ils sont difficiles à trouver en bon état et complet. Les spécialistes du jouet ancien estiment qu’1 exemplaire pour 1000 a survécu aux heures de jeux. Ils s’échangent rarement à moins de 460 ou 600 euros. Certains même peuvent dépasser les 4500 euros. Une piste toutefois pour les petits budgets : les publicités, boîtes et autres supports «papier» estampillés Fernand Martin ou V.B & Cie dont les premiers prix se situent entre 7 et 80 euros.
« Si j'avais autant de pièces de deux sous que j'ai éveillé de sourires… »
F.Martin meurt le 1er septembre 1919 et sera enterré au Père Lachaise avec le “Livreur” qui fit sa fortune. Dès 1912 sa firme a été rachetée par Georges Flersheim, disparu brutalement puis par Victor Bonnet : "Victor Bonnet et Cie, successeur de la maison "Fernand Martin". Il relance la production avec les anciens modèles Martin puis en crée de nouveaux. La production est identifiée par les initiales V.B et plus tard VéBé. Elle perdura jusqu’en 1965 avec une interruption dans les années 30’. Bien que sa société est disparue, c’est un peu du rêve de Fernand Martin qui continue de vivre dans chacun de ses «Bonshommes» : Si j'avais autant de pièces de deux sous que j'ai éveillé de sourires sur les lèvres de petits et de grands enfants, tout l'or monnayé du monde ne suffirait pas à me payer de mes peines. (Le Parisien, 1913)
Sandrine Sénéchal Tous nos remerciements à l’Association Européenne de l’Automate et de la Sculpture Animée Chineur n°61 – Avril 2003
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