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Pierre, fer ou rotin : le charme des jardins


Le mobilier et les décorations de jardins se sont développés il y a seulement 70 ans. Du XVIe siècle, avec son banc en pierre utilitaire, au jardin d'hiver en rotin sous le second Empire en extension du salon, la décoration de jardin n'a porté ce nom que vers 1930. A cette date, l'ère de la métallurgie prend le dessus et amène le fer forgé et la fonte dans les foyers. À présent, après le temps du plastique, solide et bon marché, on revient à des valeurs plus classiques. Les matériaux sont artisanaux et naturels. On peut même, en les déviant de leur vocation initiale, leur faire revivre une seconde jeunesse !


Après la pierre, le rotin
Avancée métallurgique
Tout marier, mais harmonieusement
Un mobilier fait pour durer… À condition de le respecter
Des trouvailles surprenantes
Deux ou trois choses...sur la fonte et le fer forgé
Trois styles pour un siècle
... Sur la pierre
Des objets utilitaires devenus décoratifs
...Et sur le rotin
Quarante années d'un raffinement extrême
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Chaise longue en fer forgé
































Canapé en rotin - 1880


































Fauteuil en rotin des Etats-Unis d'Amérique









































































Fauteuil de grotte en céramique

































Dormeuse en rotin











































Chaises en rotin, 1900



Les jardins meublés sont apparus tard : fin XIXe- début XXe siècle : « même dans les parcs des châteaux on ne stationnait pas, on se promenait », rappelle Marie-Laure de L'Ecotais, antiquaire et propriétaire du charmant magasin Au Fond de la Cour. « Si l'on voulait malgré tout prendre l'air, abritée sous son ombrelle pour garder une belle carnation pâle, on sortait le mobilier d'intérieur, ou l'on s'asseyait sur les bancs en pierre près des jardins d'eau ». Du XVIe au XIXe siècle, le banc en pierre n'est pas luxueux. Le tailleur de pierre ne chôme pas puisque c'est le seul matériau qui résiste aux intempéries. Solide, on le retrouve partout : sur la place du village, devant les habitations, en ville ou en campagne.


Après la pierre, le rotin

Précurseurs d'un changement de siècle et de modes, les meubles en rotin voient le jour sous le 2nd Empire. Il était déjà utilisé en France depuis le début du XVIIIe siècle, pour garnir les fonds et les dossiers des chaises, fauteuils et tabourets des nobles et de la Cour. Vers 1850, le salon en rotin devient le meuble type des jardins d'hiver, mode lancée à cette époque. Bâti en avancée de la maison, il prolonge le salon ou la salle à manger. On vient y fumer, boire, parler avec ses amis tout en se balançant dans un rocking-chair, ou rêveusement allongé dans une chaise longue.


Avancée métallurgique

Cette « Belle Epoque » va durer jusqu'en 1930, l'ère de la métallurgie prenant le dessus. Car la fin du XIXe siècle met en vedette la fonte et le fer forgé : des milliers de meubles, objets décoratifs et luminaires prolifèrent. De même, les bancs en céramique voient le jour. « Il en reste encore, mais sont assez peu accessibles » souligne Marie-Laure, elle-même amateur de ce type de mobilier. Les jardins d'extérieurs commencent seulement à s'observer vers 1920-1935.


Tout marier, mais harmonieusement

Que reste-t-il de ces années fécondes en mobilier d'extérieur dont le point commun est d'être durable et esthétique ? Comment en décorer nos jardins d'aujourd'hui ? « Tout est bon à prendre et à détourner », explique Marie-Laure. « Le choix est vaste : fauteuils, chaises, bancs, tables, stèles pour poser un buste, fontaines décorées de masques, de gorgones et d'animaux, statues, cages et volières en fer, margelles de puits, chaque région de France à son style et son matériau, et tous les styles peuvent se marier entre eux sans problème ! Dans le midi, poursuit l'antiquaire, on trouve beaucoup de céramiques. La pierre est davantage réservée à la Bretagne. La fonte et le rotin au Nord de la France. » Pour l'antiquaire, si on peut tout mélanger, plusieurs règles doivent être respectées : adapter la décoration du jardin à l'âge de la maison, à la végétation et à la région : « on ne décore pas un jardin de côte d'Azur comme en Bretagne ». Si elle est très favorable à recréer son intérieur à l'extérieur, elle reconnaît que la réalisation est possible dans les contrées sans trop de pluies : « plantez vos luminaires en fer forgé comme des réverbères. Placez une fontaine en pierre au centre et des chaises. Sciez un vieux lit de bonne en fer et transformez-le en canapé ou en fauteuils, en jetant dessus des gros coussins. Recouvrez de ciment un fauteuil club en cuir tout craquelé, et laissez le tranquillement se couvrir de mousse. Avec une vieille baignoire en fonte faites un bassin. Creusez le sol auparavant pour qu'elle soit plus stable et regardez y frétiller les poissons. Tout est possible ! »


Un mobilier fait pour durer… À condition de le respecter

De l'osier, qu'il vaut mieux ne pas laisser sous une pluie battante, ni au froid, à la fonte « qui se conserve des centaines d'années », le mobilier de jardin d'antan est fait pour durer. Même le fer forgé qui peut rouiller, ou la pierre qui s'ébrèche, ne sont pas des obstacles insurmontables à l'achat, au contraire. Un bon coup de brosse en fer sur les parties attaquées et une peinture antirouille redonneront à votre banc ou votre salon une nouvelle jeunesse, en l'ayant échangé moins cher que s'il était en bon état ou restauré. Et une margelle de puits ou une vasque fêlées dont un bout de pierre a sauté leur apporteraient plutôt la valeur que donne la patine du temps…


Des trouvailles surprenantes

Moins courants, parce que plus onéreux ou moins résistants au temps, des meubles d'extérieur un peu marginaux peuvent vous séduire : les chaises longues de Loom par exemple : faites de papier et ficelle, elles ont connu une grande vogue dans les années 30. Solides, elles ne peuvent supporter trop d'eau, pourrissant vite. Leur durée de vie est donc fonction de la vigilance que vous aurez pour leur épargner la pluie, même en été ! « Il est également possible de jouer avec le mobilier de grotte. Chaque château au XVIIIe siècle possédait sa pièce d'eau abritée où l'on venait marivauder et se rafraîchir. Les meubles étaient faits de coquillages, de céramique ou de pierre. Il en reste encore mais attention aux copies ! »


Deux ou trois choses...sur la fonte et le fer forgé

Les meubles de jardin en fonte et en fer forgé arrivent sur le marché à la fin du XIXe siècle, mais c'est vers 1930 qu'ils connaissent un essor, reléguant aux oubliettes la pierre taillée. Grâce à l'arrivée de la métallurgie, la mode des vases, luminaires et bancs se développent, et la maîtrise du fer forgé donne naissance à des meubles plus travaillés agrémentés de fougères, lierre, lilas, branches d'arbres. Marie-Laure de L'Ecotais dit même avoir vu des plantes et des palmiers grandeur nature, curiosités devenues tristement trop rares… Les artisans se lancent dans la création de sièges entourés de ficelles et pompons. « Dès 1910, les décorateurs utilisent le métal. Un « ferronnier » célèbre, le sculpteur Giacometti, s'y est essayé avec succès, créant du mobilier esthétique, original et très solide. Sachez les reconnaître, avertit l'antiquaire. La fonte est toujours peinte en vert. Si elle est du XIXe, elle est rivetée, si elle est postérieure, elle est soudée à l'alu » Caractéristiques par leur solidité, résistance aux caprices de la météo et leur élégance, les meubles en fer forgé sont petits et légers. Ils sont idéaux pour meubler les terrasses et jardinets de ville. Des milliers de modèles sont fabriqués, en direction des jardins publics et des particuliers.


Trois styles pour un siècle

Trois périodes se dégagent dans les styles de meubles en fer forgé et fonte, qui seront régulièrement reprises : le style Napoléon III, qui marquera de son empreinte les meubles de jardin jusqu'à aujourd'hui, l'Art Nouveau et l'Art Déco. La première, fin XIXe, donne naissance à des modèles très décorés. La seconde, début XXe, s'inspire largement de la nature, en vogue à cette époque. La dernière commence dans les années 20. Elle est aux lignes géométriques ce que l'Art Nouveau est aux volutes. Le rythme de production ne connaîtra pas de baisse jusqu'en 1950, période à laquelle les fabricants ne créeront plus, pour des raisons de coût, mais reproduiront en direction d'une clientèle démocratisée. Dix ans plus tard, l'invasion des plastiques, moins coûteux et étonnamment résistants aux intempéries, entraînera une abandon du métal, même chez les chineurs. Depuis, ils se sont rattrapés...


... Sur la pierre

Avant le fer était la pierre. De tout temps, utilitaire ou décorative, la pierre taillée sait résister aux intempéries. Des allées du château à la cour de ferme, du Moyen-Age à la fin du XIXe siècle, du banc au bassin, elle est omniprésente. Mais d'utilitaire, elle s'est peu à peu changée en objet décoratif, notamment à l'essor de la métallurgie, qui allait détrôner la pierre taillée dans notre environnement. Ainsi les fontaines, les puits, les auges et les cuves à lessive, objets du quotidien à la campagne ou dans les villes, sont-ils à présent recherchées pour leur esthétisme, mais n'ont plus du tout leur vocation première. Exceptés certains excentriques, nostalgiques d'une autre époque, partis s'installer au bout du monde, on ne va plus chercher l'eau au puits. Et pourtant, avant que ne soit édifiée l'eau courante dans tous les foyers, qu'ils étaient nécessaires ces points d'eau de la maison construits pour l'éternité, peu décorés, dans la pierre régionale. Plus souvent ronde que carrée, la margelle, muret de pierres, est construite suffisamment haute pour ne pas tomber, mais facile d'accès à l'homme qui va faire glisser la bassine le long de la corde pour puiser l'eau.


Des objets utilitaires devenus décoratifs

Tout autant indispensable était la fontaine jusqu'au XVIIIe siècle. On y allait boire, chercher de l'eau, qu'elle soit familiale ou commune : sur les chemins, la place du village, dans la cour de la ferme, elle se faisait lieu de rassemblement, d'étape ou de pause, pour les hommes et les femmes, à la ville ou à la campagne. Contrairement aux puits, les fontaines étaient souvent décorées, sculptée d'un animal, d'une gorgone, d'un angelot ou d'un écusson. En pierre de pays, elles se raffinent dans les cours des châteaux quand elles deviennent objets de décoration : le marbre est alors courant et on en voit sur pied, ou le bassin posé sur le sol. Les vasques sont tout aussi anciennes ; on les retrouve dans toutes les civilisations et à toutes les époques. Elles servent à recevoir eau et végétation. Les vases, eux n'arrivent qu'avec Catherine de Médicis. Ils ressemblent à une urne en forme de tulipe évasée, sont monumentaux et se placent en bas d'un escalier, ou à l'angle des allées. Quant aux auges, mangeoires, cuves et bacs à lessive, ils sont fabriqués dans la pierre la plus brute, sans sacrifier à aucune décoration. Ils ont tous un bouchon de vidange et un pan incliné pour les lavoirs. On en trouve encore beaucoup…


...Et sur le rotin

Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'apparaît le rotin en Europe. Les Hollandais découvrent la solidité de cette liane de la famille des palmiers en voyant les indigènes des pays tropicaux l'utiliser comme câbles pour leurs embarcations. En France, c'est au XVIIIe siècle qu'il est utilisé pour canner les sièges. Puis L'Empire et la Restauration vont l’ignorer et il connaîtra de nouveau le succès sous Napoléon III et à la Belle Epoque. Sous le second Empire, les meubles entièrement en rotin commencent à devenir une mode dans les jardins d'hiver. Les couleurs sont liées à l'imagination du créateur. « Vers 1900, pas deux salons en rotin ne se ressemblent, et on ne retrouve jamais la même couleur », raconte la spécialiste du rotin. Pendant la période Art Nouveau, c'est l'explosion, l'imagination se débride. Le tissage est inventif, et les coloris pastels se marient à merveille avec les plantes exotiques, les barbotines et les sculptures évanescentes de femmes-enfants qui ornent les jardins d'hiver...


Quarante années d'un raffinement extrême

Jusqu'en 1889, seule l'écorce du rotin est utilisée. Avec la découverte du filage de la moelle qui donne des fils souples et très fins, les vanniers peuvent se permettre toutes les inventions. Naissent les « jacquards », « madère », « araignée », « manille », tissages sidérants de raffinement. Ils ornent les dossiers, accoudoirs, montants de chaises longues, de flâneuses, de canapés, et les guéridons et les tabourets. Jusqu'en 1930, les meubles en rotin très ouvragés connaissent une grande vogue, même si les modèles des années 20, plus classiques, sont toujours appréciés, notamment dans les palaces et les paquebots. Réservé jusque-là à une classe privilégiée, le mobilier en rotin devient accessible à tous avant la seconde guerre mondiale. Mais jamais il ne retrouvera la virtuosité de ses ancêtres…


Dominique Jacquemin
Chineur n°32 – Juin 2000




 
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