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Restauratrice d’affiches, Une passion dans les fibres


C’est au départ, la curiosité qui a conduit Brigitte Bussière à la restauration d’affiches et de documents papier. Dans le métier depuis 21 ans, elle est une des rares femmes en France à pratiquer la grande restauration de vieux papiers. Le travail est long, fastidieux, mais Brigitte l’a dans la peau. Rien ne peut davantage la récompenser que de redonner à une affiche l’esprit de l’artiste graphiste qui l’a fait exister et connaître le succès public. Musées, sociétés, experts, collectionneurs, particuliers, français, européens et américains, tous font appel à sa compétence et à sa grande minutie...

Brigitte Bussière, comment avez-vous été amenée à la restauration d’affiches?
D’où vient votre clientèle?
Quelles caractéristiques présentent les affiches qui vous sont amenées?
Justement, tout peut il être restauré, cela en vaut-il toujours la peine?
Suivant l’époque, l’état, le processus de restauration diffère t-il?
Quels traitements devez-vous faire subir à l’affiche pour lui rendre sa fraîcheur première?
Quand sont apparues les premières affiches en France et comment peut-on les dater?
A quels prix peut-on trouver des affiches anciennes et sur quels critères de valeur?
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A force d'être pliée, cette affiche de cinéma s'était abîmée. La restauration a consisté à faire disparaître ces marques de pliures.

























































Affiche avant et après resturation.

























































Avant la restauration, des morceaux de cette affiche avaient été arrachés. Après la restauration, il n'y paraît plus rien.



Brigitte Bussière, comment avez-vous été amenée à la restauration d’affiches?

Très jeune, j’ai été séduite par la représentation de l’image, du graphisme sur papier. Mon parcours ne m’a pas d’emblée, dirigé vers ce métier. Je me suis intéressée aux affiches en rencontrant un antiquaire, il y a plus de vingt ans. Connaissant peu à peu du monde dans ce milieu, je me suis lancée dans la restauration d’affiches, au début pour des amis, sans formation, par des recherches personnelles, en apprenant de façon empirique. L’expérience a peu à peu remplacé l’absence d’école : d’ailleurs, bien souvent, les écoles de restauration forment à la conservation, de façon très théorique, mais pas à la restauration de papiers imprimés colorés. Et pour former quelqu’un en atelier, il faut beaucoup de temps, au minimum deux ans pour qu’il puisse réaliser des choses simples. Nous sommes très peu dans ce qu’on appelle la grande restauration, et je pense être une des rares femmes dans le métier, en France.


D’où vient votre clientèle?

Notre clientèle est très variée; ce sont des musées, qui ont des exigences particulières, comme celles de réaliser un travail réversible en cas d’incendie ou d’accident, ou d’utiliser des matériaux non acides; des experts pour des ventes publiques; des collectionneurs; des sociétés cinématographiques; de grosses sociétés privées cherchant à valoriser leur patrimoine publicitaire... Et des particuliers, bien sûr. La moitié de notre clientèle est composée de marchands et de collectionneurs européens, américains et même canadiens. Carrefour entre les antiquaires, les experts, et les musées, nous avons nous-mêmes une grand quantité d’affiches à proposer à la vente et nous sommes acquéreurs d’affiches en mauvais état pour les acheter ou les échanger contre notre travail.


Quelles caractéristiques présentent les affiches qui vous sont amenées?

Elles peuvent être déchirées, salies, réparées avec du scotch, ce qu’il ne faut surtout pas faire, car sa pellicule grasse fond, traverse l’image et il est quasiment impossible d’en retirer totalement les traces, comme pour le feutre ou certaines taches de gras. Il en manque souvent des morceaux et il arrive que l’affiche ressemble à un puzzle dont des morceaux sont absents. Parfois elles sont également contrecollées sur des supports rigides avec des colles animales irréversibles. Dans ce cas, si l’affiche est en papier trop fin, on ne décolle pas sous peine de le voir s’effriter.


Justement, tout peut il être restauré, cela en vaut-il toujours la peine?

Non, quand le coût de restauration est supérieur à la valeur de l’affiche, la restauration n’en vaut pas la peine, sauf si le client y met une valeur sentimentale particulière. C’est pourquoi il faut faire un examen minutieux de l’affiche pour savoir quelle est la nature du papier et la qualité de l’impression, le degré de fixation des couleurs parce que souvent elles se délitent. Nous connaissons le nom de certaines imprimeries dont les rouges ne tiennent pas bien par exemple. Ce que nous voulons éviter à tout prix, c’est de détruire le document. Il est parfois impossible de le sauver, et là, un examen méticuleux permet de savoir jusqu’où nous pouvons intervenir sans le mettre en péril.


Suivant l’époque, l’état, le processus de restauration diffère t-il?

Non, le processus est identique, mais en revanche, il est beaucoup plus facile de travailler une affiche ancienne, du début du XXe siècle, par exemple, qu’une récente. Les papiers utilisés aujourd’hui sont blanchis, amidonnés, non tramés, sans fibre, alors que les anciens avaient pour base le bois. Auparavant, et dès 1840, le processus de lithographie en couleur dominait le marché. On utilisait également la gravure sur métal, sur bois, la typographie, le pochoir, mais ces procédés étaient minoritaires. La lithographie a progressivement disparu jusqu’en 1950, époque à laquelle est apparue la photocomposition. Aussi peut-on voir aujourd’hui la pellicule couleur, particulièrement pour les papiers glacés, se désolidariser du support, et le fond du papier se transformer alors en une espèce de pâte irrécupérable. Indépendamment des couleurs, le papier se délite complètement. Nous restaurons également des gravures, des dessins, des papiers peints. Le processus est là, pas tout à fait le même. Les gravures ont besoin d’un nettoyage à sec et les dessins ne supportent pas l’eau. Chaque document demande un traitement particulier.


Quels traitements devez-vous faire subir à l’affiche pour lui rendre sa fraîcheur première?

Deux cas de figures se présentent : soit l’affiche est entoilée, soit elle ne l’est pas. Le premier cas est particulier et plus délicat, car il faut désentoiler et chaque opération est une aventure. Une affiche entoilée et doublée d’un papier laisse une chance de réussir. Mais si elle est collée, contrecollée directement sur la toile, ou pire encore sur des supports rigides de contreplaqué, de bois ou de zinc, cela devient très périlleux. D’autant qu’il existe une variété infinie de colles très anciennes, qui s’éliminent très difficilement. Il arrive de passer 48h uniquement sur le désentoilage, en opérant millimètre par millimètre. On lave ensuite l’affiche, dans un simple bain d’eau lorsqu’on vient de la désentoiler, avec des produits pour la désacidifier et la traiter dans le second cas. Elle doit redevenir la plus neutre possible pour stopper sa dégradation. Auparavant, on aura enlevé le scotch, les papiers collés au verso. Puis elle est rincée. L’affiche doit être à nue pour l’opération d’entoilage. Mouillée, elle est posée sur du papier japon ou papier barrière, tendu sur un châssis. Lorsqu’elle présente des manques, il faut les combler avec du vieux papier mouillé préalablement traité. C’est celui qui convient le mieux, car c’est le même que celui utilisé pour l’affiche. Le papier récent ne réagit pas du tout de la même manière. On peut encore trouver du vieux papier dans certaines imprimeries.


Quand sont apparues les premières affiches en France et comment peut-on les dater?

Les documents les plus anciens datent du XVIIIe siècle. Les plus exceptionnels de la Révolution. Mais l’ancien le plus courant se situe entre 1890 et 1900. Les premières affiches publicitaires datent de la fin des années 1880/1890, et elles étaient faites pour promouvoir un produit ou un spectacle. Les marchands d’estampes en étaient les diffuseurs. En ce qui concerne leur époque d’origine, parfois elles sont datées. Sinon, on les reconnaît à l’affichiste, au style, au graphisme, à la nature des sujets, aux marques de réclames, au dessin, aux costumes, révélateurs de l’époque, à la nature du papier, qui, jusqu’aux années 1920/30, était plus épais.


A quels prix peut-on trouver des affiches anciennes et sur quels critères de valeur?

Une affiche ancienne peut se chiner à partir de 2 000F jusqu’à 10 000F pour les plus belles, et même 60 000F pour les plus côtées comme celles de Mucha ou Toulouse-Lautrec.
Les critères de valeur s’établissent en fonction de l’état, la fraîcheur, les couleurs, sa beauté, sa réussite graphique, l’affichiste, l’état de l’affiche, la rareté. Mais également, en fonction du thème : à une période, les sports nobles, comme le tennis, le ski, le golf étaient à la mode; ou les marques prestigieuses, le luxe. Le nom de l’affichiste contribue pour beaucoup à augmenter la côte de l’affiche : nous avons cité Mucha et Toulouse-Lautrec, mais il faut aussi compter avec Cassandre, Loupot, Jules Cheret, qui a lancé les campagnes pour faire connaître le musée Grévin à la fin du XIXe siècle, Grün, Steinlen, Cappiello, Pal. La France est un pays très riche, qui dénombre plusieurs centaines d’affichistes. Avec une longue tradition dans les arts graphiques, La Belgique vient juste derrière nous, ainsi que l’Italie, mais malheureusement, chez eux, le gros de la production a été détruit...


Dominique Jacquemin
Chineur n°46 – Août 2001




 
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