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C’est en pleine guerre mondiale, devant un kiosque à musique vide de Valence que naissent les Amoureux de Peynet. Le petit musicien filiforme aux longs cheveux, coiffé d’un chapeau rond toujours suivi par sa frêle compagne va faire le tour du monde, symbole inaltérable du couple heureux et inséparable. Jusqu’aux années 70, les «Amoureux» se jouent des modes, inspirant même de célèbres poètes comme Brassens qui leur dédit sa chanson «Les Amoureux des bancs publics». Ultime clin d’œil d’un homme qui a consacré sa vie à la représentation de l’amour, Peynet meurt un 14 janvier, juste un mois avant la Saint-Valentin…
Raymond, Jean, Peynet naît le 16 novembre 1908 quai de Passy dans le 16e arrondissement de Paris. Ses parents Antoine et Isabelle, auvergnats d’origine, viennent de s’installer dans la capitale. Vers 1914, ils sont propriétaires du café «la Grille» dans le quartier de la République. Pour Noël 1916, le jeune Raymond reçoit en cadeau une boîte de crayons de couleur. C’est la révélation. A partir de ce jour, il dessine et illustre les marges de ses cahiers par des graphismes humoristiques. Vers seize ans, il est admis à l’Ecole Germain Pilon qui devient six mois plus tard l’Ecole des Arts Appliqués à l’Industrie. Hasard de la vie, elle est située juste en face du bistrot de ses parents bougnats ! Il y apprend le dessin publicitaire pendant trois ans, sort premier de sa promotion. Son diplôme lui sera d’ailleurs remis par un des frères Lumière…Puis en 1928, c’est l’armée, où il effectue son service militaire, une période qu’il préfère oublier. Un an plus tard, il entre dans la vie active, rejoignant après quelques expériences peu épanouissantes l’agence de publicité Tolmer.
De la publicité au kiosque de Valence
Dans ce studio de créations publicitaires, dès le début de 1930, le dessinateur créé ses premières affiches, des encarts pharmaceutiques, des conditionnements de boîtes pour des parfums et des catalogues. La même année, Raymond Peynet épouse à Paris une jeune fille au nom prédestiné qu’il connaît depuis sa première communion: huit années plus tard, Denise Damour lui donnera une fille unique, Annie. Pendant ce temps, Raymond travaille assidûment le dessin publicitaire et s’éloigne peu à peu du studio Tolmer. En 1937, il crée sa propre agence avec sa femme et un dessinateur. C’est à cette époque qu’il publie ses premiers dessins dans The Boulvardier et Le Rire (voir : «La production»). En 1939, dessinateur dans l’armée, il réalise des expositions itinérantes pour les prisonniers, avant de le devenir à son tour en 1940. Il s’évade, rejoint sa femme et sa fille chez ses parents en Auvergne. C’est en 1942, alors que la guerre fait rage, que la vie de Peynet bascule.
Succès populaire pour «les Amoureux»
Ce jour là, le dessinateur a rendez-vous à Valence avec un correspondant de guerre à qui il doit remettre un pli confidentiel. Toujours muni de son crayon et d’un carnet de croquis, il attend sur un banc public, face à un kiosque à musique. Raymond Peynet raconte : «Assis sur un banc, j’ai dessiné le kiosque qui se trouvait devant moi, avec un petit violoniste qui jouait tout seul sur l’estrade et une jeune femme qui l’écoutait et l’attendait. On voyait aussi tous les musiciens qui ayant rangé leurs instruments dans leurs étuis, s’en allaient dans le parc de Valence». Dans la légende, le petit musicien disait : «Vous pouvez partir tranquilles, je terminerai tout seul». Peynet fait parvenir son projet au rédacteur en chef de la revue «Ric et Rac», Max Favalelli, qui va très vite titrer les «Amoureux de Peynet». Cette illustration connaît un succès immédiat, intégrant bientôt le patrimoine de l’imagerie populaire. Le musicien à chapeau melon et sa frêle compagne vont incarner pendant plus de vingt années le symbole de l’amour et de la fête de la Saint-Valentin dans le monde entier. Quant au kiosque à musique de Valence, il devient l’image symbolique de Peynet qui souvent le représentera dans ses œuvres, au point que la ville le classera monument historique en 1982, sous le nom de «kiosque des Amoureux de Peynet».
Un univers poétique et désuet qui plaît aux Français
Tendre, fleur bleue, jamais violent, l’univers de Peynet est très proche de celui de Charles Trenet : des amoureux, des oiseaux, des fleurs, des anges, des squares, la lune, la pluie, le beau temps… Ce romantisme nostalgique, un peu désuet, accompagne les Français puis le monde entier pendant vingt ans. Il entre dans les foyers, par les journaux et les magazines, ornant les porcelaines de Rosenthal, les bijoux Murat, se diffusant par millions (cinq depuis 1967) avec les fameuses poupées du petit couple, troquant sa tenue traditionnelle pour celles des provinces et des pays du monde entier. Même la fille de la Reine d’Angleterre reçut en cadeau à la fin des années 50, un coffret de douze poupées Peynet ! Dessinateur humoristique, illustrateur, décorateur, graveur, sculpteur et affichiste, Peynet continue à enchanter, soixante ans après avoir immortalisé ses amoureux. Ultime clin d’œil du poète, il s’est éteint dans son lit, à l’âge de quatre-vingt-onze ans, le 14 janvier 1999, un mois jour pour jour avant la Saint-Valentin qu’il aimait tant… n
(Sources bibliographiques : François Régis Gastou, Centre de l’affiche de Toulouse, Alain Weill et «Peynet de tout cœur»)
La production Peynet
Qu’elle soit directement issue du dessinateur ou réalisée en produits dérivés telles ses célèbres poupées qui ont fait le tour du monde, la production de Raymond Peynet est abondante. Elle commence au tout début de sa vie professionnelle par des dessins d’illustration publicitaire pour des étiquettes de parfums, des décors de boîtes de gâteaux, des encarts pharmaceutiques, des catalogues et des affiches. On lui attribue également des créations photographiques où il apparaît en personne. Il publie ses dessins (avant l’invention historique de ses fameux amoureux) dans divers supports de presse parisienne comme «Le Rire» ou «The Boulvardier», publication réservée aux Anglais de Paris. Plus tard, la célébrité venue dans «Ric et Rac» qui fit connaître ses amoureux, il réalise quotidiennement des dessins humoristiques pour la presse nationale comme le Canard Enchaîné, France-Dimanche, Ici-Paris, Elle, Paris-Match, Marie-France…
Un affichiste réputé
Peynet est également un créateur d’affiches pour le cinéma ; entre 1950 et 1960, de très nombreuses sociétés le sollicitent pour réaliser des affiches publicitaires. Ainsi Air France, la loterie Nationale et en 1951, les Galeries Lafayette. En 1953, pour la célébration du bimillénaire de Paris, sur le thème des «chansons d’hier et d’aujourd’hui», ses illustrations décorent toutes les vitrines du Faubourg Saint-Honoré. En 1954, la grande couturière Elsa Schiaparelli lui demande d’être l’auteur de la publicité pour son parfum «Succès fou». A partir de 1958, Raymond Peynet conçoit chaque année une affiche originale pour la Fondation Louis Lépine sur laquelle un agent de la ville évoque le bonheur des fêtes de Noël. Un grand nombre de ces créations sont conservées dans les musées qui lui sont consacrés en France et au Japon.
Peynet décorateur de théâtre
En 1939 il illustre «le voyage de M. Perrichon» de Labiche, puis des ouvrages de Musset et Anouilh. La même année, il crée ses premiers décors pour le plus petit théâtre de Paris, La Huchette. Après guerre, il exerce ses talents de décorateur aux Folies de Montmartre, puis au théâtre Agnès Capri pour la pièce «Orion le tueur» et récidive avec le théâtre de la Huchette pour «Les indifférents» et «Humulus le muet». Il réalise les maquettes des décors et des costumes et au tout début de sa carrière, peint même les grands tableaux de scène. Il assure le suivi de la décoration en choisissant les tissus et la passementerie. On le voit réaliser des décors également pour l’Opéra de Bordeaux, l’Opéra Comique, des cabarets ou des salons de paquebots. Illustrateur de nombreux ouvrages et de pochettes de disques, il peint aussi des tissus, crée des motifs sur foulards. Il lithographie les «Lettres de mon Moulin», grave les «Douze signes du zodiaque» en eaux fortes. Peynet tourne également un film en 1974, «Le tour du monde des Amoureux de Peynet»…
La Saint-Valentin, une fête populaire aux origines incertaines
Un petit mot doux, une cyber-carte sur e.mail, un bouquet de fleurs, un bijou ou une boîte de chocolat pour les gourmands, c’est ainsi qu’aujourd’hui les amoureux se souhaitent la Saint- Valentin. Mais autrefois, on consacrait davantage de temps à cette célébration et de nombreux rites y étaient associés. Dans l’anonymat, les amoureux devaient fabriquer eux-mêmes leurs cartes et composer leurs déclarations d’amour. Au Moyen-Âge, on appelait «valentin» le cavalier que les filles choisissaient pour les accompagner lors de leurs sorties et il se devait de faire un cadeau à sa valentine. Plusieurs croyances circulent à propos de l’origine de la Saint-Valentin. L’une, qui remonte à cette époque médiévale, s’est répandue en France et en Angleterre ; elle affirmait que copiant sur la saison des amours chez les oiseaux qui débute le 14 février, les hommes trouvèrent ce jour propice à leur déclaration amoureuse. Les jeunes filles essayaient de deviner comment serait leur futur mari en regardant les oiseaux : si elles voyaient un rouge-gorge, elles se marieraient avec un marin, un moineau signifiait un mariage heureux avec un homme peu fortuné, tandis qu’un chardonneret indiquait un mariage avec un homme riche. La plupart des historiens pensent que la Saint-Valentin fut instituée pour contrer une fête païenne, Lupercalia, dédiée à Lupercus, dieu des troupeaux et des bergers. Cette fête était l’occasion de célébrer des rites à la fécondité et marquait le jour du printemps dans l’ancienne Rome. Il est dit qu’à cette occasion, une sorte de loterie de l’amour était organisée. Il fallait tirer au hasard le nom des filles et des garçons inscrits, afin de former des couples : ceux-ci devaient rester ensemble le reste de l’année. En fait, l’origine réelle de la Saint-Valentin est assez mal connue et les historiens se disputent les points de vue : en effet, près de sept saints chrétiens se nomment Valentin et sont fêtés le 14 février ! Mais après tout qu’importe, cette jolie tradition donne l’occasion de fêter l’amour et c’est bien là le principal…
Article De Dominique Jacquemin
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photos: ©Musée Peynet/A.D.A.G.P 2004
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