 Vase deux cols de l'atelier
Musara "Mabylo's"
Puits aux oiseaux de Jerôme Massier fils
Lampe veilleuse
Sucrier de l'atalier du Grand Chêne, Odette Gourju et Lubina Naumovitch
Bonbonnière en "gratté"
Vase à la cigale d'Albert Ferlay
Vase en graphié de l'atelier
Madoura
Sucrier d'Auguste Lucchini(LUC)
Pichet à long col de Joseph Calvas-Blanchon
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Les céramiques de Vallauris, des fantaisies signées
D’une abondante production variée et colorée, les céramiques de Vallauris provoquent l’engouement. Des prix abordables pour des pièces «kitsch», des signatures prestigieuses d’artistes renommés, les créations de Vallauris portent la marque d’une époque insouciante de renouveau artistique…
Situé dans les Alpes Maritimes, Vallauris a été et reste le centre de production de céramiques le plus important de cette région. Au XVIe siècle, on y fabrique des poteries alimentaires dont les «pignates» (marmites), les «tians» (récipients) et les «dourguetos» (cruches, sifflets en forme de chevrette). Le prieur et seigneur temporel du territoire, Rainier Lascaris facilite l’arrivée d’immigrants de la côte ligure qui construisent l’actuel vieux village. Leur arrivée donne une nouvelle impulsion à la vieille céramique locale qui produisait surtout des briques et des tuiles. La légende veut que ce soit un des hommes employés à creuser un puits à proximité du village qui découvre une grosse quantité d’argile. Le filon semble important et peut alimenter plusieurs fabriques! Le premier de la dynastie des Massier, Pierre, est déjà là.
Gloire et déclin
Vers 1775, près de cent cinquante personnes travaillent dans les vingt et une fabriques de poteries. Un siècle plus tard, soixante-deux fabriques emploient neuf cent trente ouvriers. Avec les frères Maurel, une poterie artistique, de beaux vases décorés à l’italienne, apparaît au début du XIXe siècle. Par la suite, les Massier et leur dynastie d’artisans donneront les lettres de noblesse à la production artistique. Delphin, l’aîné et Clément, le cadet, puis leur cousin germain, Jérôme Fils, vont connaître la notoriété et la gloire. Cette brillante activité dure jusqu’aux premières années du XXe siècle où se détache le travail de quelques céramistes de réel talent : Jean-Baptiste Gaziello ou Giorgi, de l’atelier BACS à Golfe-Juan, les Barol, Alexandre, Carle et Sicard. Pourtant, la première guerre verra le déclin de la céramique d’art à Vallauris.
Cent potiers et Picasso
Dès 1930, et plus encore après la seconde guerre mondiale, la renaissance inespérée des arts du feu est due à l’heureuse influence de quelques artistes, hommes et femmes, étrangers au pays, qui se mêlent aux artisans locaux et confèrent peu à peu à la production vallaurienne une renommée internationale. Ainsi l’atelier Ægitna(1920) de Placide Saltalamacchia, l’atelier Madoura (1938) de Suzanne et George Ramié, l’atelier Cerenne (1944) de René Neveux et l’atelier du Tapis Vert (1948) de Claire et René Batigne Tous les quatre, sans oublier les fabriques Massier ont formé la grande majorité des potiers qui se sont installés à leur compte par la suite. En 1946, un prestigieux personnage visite Vallauris, le village aux cent potiers. Un an plus tard, il s’y installera et s’initiera aux techniques de la poterie. Pablo Ruiz Picasso scelle son destin à celui de Vallauris durant plus de vingt ans. En 1961, cent cinquante ateliers ou usines sont en activité à Vallauris et cinq ans plus tard, on en compte plus de deux cents.
Les artistes des années 50
Après l’arrivée de Picasso, Vallauris va devenir le lieu de rencontre de l’aristocratie artistique avec des séjours plus ou moins marqués de célébrités comme Matisse, Chagall, Miro, Dufy, Léger, Braque, Foujita, Lurçat, ou encore Jean Cocteau, Jean Marais, Brauner, Pignon, Masson. Tous, à l’image du Maître, vont s’essayer à la céramique. Ce foisonnement intellectuel attire de jeunes gens avides d’aventures. Ils se nomment Robert Pérot dont Le vieux Moulin restera attaché à son nom, Jean Gerbino (1930), Roger Capron et Robert Picault (1946), Jean Derval (1947), Anton Prinner, Marcel Giraud, Irène Kostanda et son fils Alexandre, Dominique Baudart ou encore Gilbert Portanier, Francine Delpierre, Albert Diatto, Roger Collet, Jacques Innocenti, Jean-Claude Malarmey, Michel Anasse, Marius Bessone, Piot et Albert Thiry, Valdémar Volkoff, Charles Voltz, Jean Rivier pour ne citer que les plus connus. Parmi les principales fabriques et ateliers : «Grandjean-Jourdan» de Grandjean Sébastien et des époux Jourdan, du «Mûrier» de Gustave et Micheline Reynaud, du «Grand chêne» d’Odette Gourju et Lubina Naumovitch, des «Argonautes» d’Isabelle Ferlay et de Frédérique Bourguet, des «Archanges» de Gilbert et Lilette Valentin, «Musarra» de Marius Musarra et son épouse Marie Lunetta, «Terrin-Gazan» de Jean Terrin et Marcel Gazan.
Le marché : offre et demande
«Les céramiques des années 50 sont très prisées aujourd’hui» constatent unanimement Olivier Verlet, antiquaire spécialisé et Jean-Claude Martin, collectionneur. «Les poteries de Vallauris représentent le passage du «traditionnel» aux «fantaisies. Grâce à Picasso, on sort du traditionalisme pour entrer dans la création exubérante qui, à d’autres époques, aurait fait crier au scandale». «Aujourd’hui, ces poteries s’intègrent très bien dans nos décors particulièrement les pièces décoratives des artistes potiers» renchérit Jean-Claude Martin. Pourtant, les années 60 voient apparaître le kitch, «le n’importe quoi» : chien se soulageant sur un lampadaire, salière en forme de WC… L’arrivée des téléviseurs et la chanson de Brigitte Bardot Coquillages et crustacés font naître des créations pacotille comme ces «veilleuses aquariums» en forme de coquillages ou de crustacés. «Les deux cents potiers et leurs ouvriers de l’époque répondaient à la demande des touristes, friands de ces créations pour le moins originales» explique Jean-Claude. Une «créativité», toute relative, rejetée par notre marchand parisien, Olivier qui trouve cette production «sans intérêt», lui préférant les pièces haut de gamme réalisées durant la période artistique générée par Picasso, de 1949 à 1965.
Des prix stables
L’engouement pour les céramiques de Vallauris remonte aux années 90, «surtout parce que la mode est un éternel recommencement, analyse Jean-Claude, et que certains y ont vu un objet de spéculation.» Devant une demande de plus en plus forte, des potiers comme Francis Crociani, Roger Collet, Jean Derval ont repris le travail à plus de 70 ans. Ce phénomène a relancé du même coup des artistes qui créent des pièces de belle facture. Le résultat est constaté par Olivier Verlet. «Il y a six ans, je comptais huit amateurs d’art éclairés dans ma clientèle. Depuis la sortie du livre de Pierre Staudenmeyer en 2001 (Cf Lectures), qui a ouvert le marché par ses références et ses identifications, ils sont dix fois plus !»… Cependant, «la céramique d’art reste d’un prix abordable pour un collectionneur en comparaison d’œuvres d’art comme des tableaux ou des sculptures». Selon le collectionneur, une assiette de Picasso avec le cachet «Madoura» se chine aux alentours de 1.000 €, un pichet des «Archanges» environ 800 € en salle des ventes. Mais une grande majorité des pièces de Vallauris se chine entre 10 et 100 €. Les deux hommes sont d’accord : «Actuellement, les prix sont stables avec une légère tendance à la hausse».
Ventes aux enchères De nombreuses ventes aux enchères proposent un «Vallauris» tant la production industrielle fut importante. «Des ventes «spéciales céramiques» sont organisées ponctuellement à Drouot, dans des études de ventes volontaires ou chez les marchands spécialisés, dont chez moi» précise Olivier Verlet. Tenez-vous informés par catalogue ou sur le web.
Les prix Comme toute autre œuvre d’art, les prix sont généralement établis sur la notoriété de l’artiste et sur leur ancienneté. Une pièce non signée ou comportant exclusivement le tampon avec la mention «Vallauris» (la majorité des céramiques) aura toujours une valeur moindre que celle avec la mention du créateur. Ces évaluations dépendent également de la dimension des pièces, du décor, du nombre de tirages et de la rareté de l’artiste. Ainsi des œuvres plus importantes de Derval ou de Portanier s’échangeront à 2.000 €, voire davantage. «Les disparités de prix sont importantes pour un même artiste, note l’antiquaire. Ainsi, pour Capron, un pot à épices se vendra 50 à 60 €, tandis qu’une grande coupe de forme libre à décor pyjama cotera entre 750 à 1.200 €»…
Assiette de la fabrique Cerenne : 40 € Vase de Bessonne : 50 €
Service à orangeade de la fabrique Ægitina : 100 €
Vierge à l’enfant de Derval : 250 €
Pot à lait de Thiry : 60 €
Pichet de Collet : 150 €
Bougeoir de Capron : 100
Vase Gerbino : 200 €
Assiette de Piano : 50 €
Bol de Picault : 15 €
Pichet de Portanier : 200 €
Les indicateurs de décote Des ébréchures, grenures, couleurs usées ou plus généralement un mauvais état de la pièce décotent l’objet. Les pièces non signées par l’artiste ne sont pas cotées. Parmi celles signées, il faut se méfier des retirages. Jean-Claude donne un exemple. «Jérôme Massier fils (Jean-Baptiste) exerce de 1870 à 1916, date de sa mort. Ses pièces sont cotées. Mais son tampon a été utilisé par Pierre Perret et par Marc Clergue jusqu’en 1930. Puis par Jean Clergue jusqu’en 1953 et par la suite par Alain Maunier jusqu’aux années 1990, soit quatre-vingt un ans après sa mort. Seuls les véritables connaisseurs feront la différence. Une pièce de 1880 ne peut pas avoir la même valeur qu’une de 1990, même avec le moule et la signature identiques.» La cuisson étant au feu de bois, les oxydes (couleurs) et alquifoux (vernis) étaient à base de plomb (interdit à partir de 1950) et le rendu de la pièce ne peut être le même. Quant aux oeuvres de Capron, ses pièces des années 40/50 sont une valeur sûre, mais celles réalisées actuellement par ses ouvriers et apprentis n’ont plus la touche du maître. Même chose pour les pièces Gerbino. On peut ajouter à cette énumération les descendants de potiers renommés qui ont repris l’atelier de leurs aïeux et utilisent les mêmes moules et surtout les même signatures… «Attention, prévient Jean Claude Martin, cela n’enlève rien à la beauté des pièces mais la valeur marchande n’est plus la même !...»
Dominique Jacquemin - Article paru dans Le Chineur N° 112/Fev 2007
Remerciements à Jean-Claude Martin, collectionneur et Olivier Verlet antiquaire «Page 50/70»
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